Emma Watson et son mascuféminisme (encore)
Je me suis déjà
abondamment exprimée sur la campagne #HeForShe, sur le féminisme « pop »
d’Emma Watson et sur la rhétorique presque masculiniste qu’elle utilise. Je n’ai
pas l’intention de me répéter (c’est par ici à Emma Watson et le féminisme populaire), mais je
ne peux pas non plus demeurer silencieuse après avoir vu un article « féministe »
partager les « meilleurs » tweets d’Emma Watson, dont celui-ci :
Je crois bien qu’Emma
Watson bat un record, il faut bien lui reconnaitre ça : faire autant de dégâts
en cinq mots, c’est tout un exploit. Cette courte discussion implique quatre
affirmations qui, en plus d’être fausses, sont les prétentions du mouvement
haineux, violent, antiféministe et misogyne des masculinistes.
1) Un mouvement n’est pas pour l’égalité s’il ne s’intéresse
pas aux hommes
C’est ce que la
question suppose, et Emma Watson ne semble pas choquée outre mesure. Pourtant,
le comble de la misogynie, c’est de reprochez aux féministes de s’intéresser
aux femmes! Même si les hommes vivaient de graves problèmes en tant qu’hommes,
le fait d’aborder les problématiques spécifiques aux femmes (qui sont, par
définition, l’intérêt du féminisme) ne serait pas anti-égalitariste. Les
féministes, comme tout le monde, ont le droit de choisir leurs causes et leurs
combats. Avez-vous déjà entendu quelqu’un reprocher à une militante
environnementaliste de ne pas s’attaquer aux inégalités vécues par les palestinienNEs?
2) La discrimination envers les hommes existe
Faut-il encore le
répéter? Le sexisme anti-hommes n’existe pas, et les hommes ne vivent pas de
discrimination en tant qu’ils sont hommes (c’est-à-dire qu’ils peuvent vivre du
racisme, du validisme, de l’homophobie… mais pas du sexisme). Encore une fois,
ce sont les masculinistes qui prétendent (allant à l’encontre de toute étude
empirique sensée) que les hommes subissent des inégalités. S’ils sont parfois « discriminés »
au sens littéral du terme, par exemple parce qu’ils ne peuvent pas aller dans
les toilettes réservées aux femmes, il ne s’agit pas d’une discrimination au
sens où on l’entend couramment, c’est-à-dire comme résultat d’un système de
domination. Puisqu’ils sont en position de pouvoir, les hommes bénéficient
du patriarcat; ils n’en sont pas les victimes (et ils sont encore moins
victimes du matriarcat que les antiféministes imaginent).
3) La violence envers les hommes en tant qu’hommes
existe
C’est encore un
sous-entendu de la question adressée à Watson, auquel s’applique le même
raisonnement. J’ajouterais que les hommes qui subissent des violences sont le
plus souvent victimes d’autres hommes (qu’on pense à la guerre, aux meurtres, aux
agressions sexuelles, aux violences économiques…). Il ne s’agit donc pas d’une
violence envers les hommes mais bien entre les hommes.
Si vous n’êtes pas
encore convaincuE, pensez aux insultes dont on accable spécifiquement les
hommes : toutes visent à blesser les hommes dans ce qu’ils ont de « féminin »,
s’en prennent à leur orientation sexuelle ou dénigrent leur mère (une femme) :
tapette, fife, fils de pute… sans oublier le fameux « tu […] comme une
fille ».
4) Il faut sensibiliser la population aux
problèmes vécus par les hommes
Cette hypothèse-ci est
entièrement attribuable à Emma Watson. Mettons une chose au clair : même s’il
existait des problèmes vécus par les hommes en tant qu’hommes ou du sexisme
envers les hommes, faire des activités de sensibilisation ne serait pas un
objectif vital ou même légitime. Du fait de leur domination à travers toutes
les sphères de la société, les hommes ont beaucoup plus de pouvoir politique et
médiatique que les femmes. La population est déjà plus que sensibilisée aux « affaires
d’hommes » : par exemple, les noms de rues et les livres d’histoire
rendent hommage aux hommes, les chaînes sportives célèbrent les exploits des
athlètes masculins, la langue français masque entièrement les femmes (« le
masculin l’emporte »), les nouvelles sont celles des hommes, etc. Si on a
peut-être besoin d’hommes pour parler d’enjeux féministes, on n’a certainement
pas besoin que les quelques femmes qui ont une large tribune la cèdent ou l’affectent
aux hommes et aux enjeux qui les préoccupent. On ne devrait pas demander aux
femmes de rendre des comptes aux hommes, et Emma Watson ne devrait certainement
pas ressentir le besoin de crier haut et fort qu’elle se préoccupe des hommes
et qu’elle en parle publiquement (elle ne parle que d’eux, soit dit en passant).
Je pourrais écrire
tout un livre sur les problèmes du « féminisme » d’Emma Watson et,
plus généralement, du féminisme « pop », gentil, rose. Je m’arrête
cependant ici pour en constater l’échec manifeste – cela suffira pour ce soir.
Vous avez aimé cet article? Partagez-le!
Vous aimerez aussi Le piège du féminisme bon pour les hommes; Alliés masculins: féministes ou proféministes? et Emma Watson et le féminisme populaire
Pour soutenir mon blogue et ne manquer aucun article, "aimez" ma page Facebook https://www.facebook.com/decolereetdespoir et suivez-moi sur Twitter @SuzanneZaccour
