De colère et d'espoir
Les femmes aussi sont sexistes? Revenez-en!
Ça te semblera peut-être incroyable, mais… Tu risques de tenir des propos sexistes!!
Eh oui, les femmes aussi tiennent parlent et agissent de façon sexiste. Ce n’est pas moi que vais le nier. Mais maintenant que c’est dit… On peut peut-être passer à autre chose?
Un
peu de contexte
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[Description d'image: photo de très près d'une
main pointant vers la caméra] |
Avez-vous déjà remarqué à quel point les
personnes qui discutent de féminisme prennent toujours la peine de préciser
« les femmes aussi »? Je vois régulièrement passer sur Facebook
« quel commentaire sexiste, et par une femme en plus! », ou encore
« les commentaires sous cet article sont sexistes, et il y en a même par
des femmes! ». Plus souvent qu’autrement, cette précision est faite à
grand renfort de points d’exclamation.
C’est une chose d’être plus choquée par un
comportement sexiste venant d’une femme parce qu’on s’attendrait à ce qu’elle
ne tire pas dans son propre but. C’est autre chose de sentir le besoin de
souligner, de répéter, de mettre en évidence encore et encore le sexisme des
femmes. Comme si c’était l’enjeu central. Du coup, si, comme moi, vous préférez
vous attaquer au sexisme des hommes, vous recevrez régulièrement la critique « mais
les femmes aussi! » Pourquoi est-ce problématique? Je vois deux principaux
problèmes.
Double standard
D’abord, en mettant l’emphase sur les femmes, on les tient à
un standard plus élevé. Parce qu’on s’attend des femmes qu’elles soient
féministes, on les punit davantage lorsqu’elles agissent de manière sexiste,
par exemple en les ridiculisant davantage sur les réseaux sociaux. Mais les
hommes et les femmes (et les personnes de tout autre genre) sont socialisées
dans la même société patriarcale. Celle-ci sert d’excuse aux hommes – « ce
n’est pas de sa faute, c’est comme ça qu’il a été élevé » – mais pas aux
femmes qui devraient se dé-socialiser sans effort. C’est donc tout simplement
un double-standard que d’exiger plus des femmes que des hommes. Mais il y a
plus.
Fausse
symétrie
Ce n’est pas seulement qu’il est injuste de
dramatiser davantage le sexisme des femmes. C’est surtout que le sexisme des
femmes devrait au contraire nous paraitre moins grave. Que cela soit clair : je préfère que les femmes soient féministes. Je fais mon possible pour éduquer les femmes au féminisme. Je me tiens avec des femmes féministes.
N’empêche, ce n’est pas le sexisme des femmes qui est le plus problématique – ce pourquoi ce blogue est majoritairement consacré à la critique du patriarcat tel qu’imposé par les hommes. Pour le dire simplement, je n’ai jamais été violée par une femme non féministe.
Les hommes antiféministes battent, violent, tuent, volent. Les femmes antiféministes se tirent certes une balle dans le pied, mais elles ont moins de capacité de nuire aux autres femmes. Ce ne sont pas les femmes non féministes qui me font trembler de peur quand je dois rentrer chez moi tard le soir. Ce ne sont pas les femmes non féministes qui sont payées 25% de plus que moi. Ce ne sont pas les femmes non féministes qui refusent de prendre leur part de responsabilité dans la contraception. Et cetera, et cetera.
Par ailleurs, les femmes peuvent agir de
façon sexiste pour se créer une carapace : la conscience féministe, ça
fait mal. Chaque femme « deal » avec le monde patriarcal du mieux
qu’elle peut, n’ayant pas toujours la possibilité de le confronter directement.
Reprocher aux femmes de faire des compromis patriarcaux peut alors s’apparenter
à du victim blaming. Ce ne sont pas elles les véritables responsables de leur (notre) oppression.
Déresponsabilisation des
hommes
C’est si difficile d’accepter que le patriarcat n’est pas une
entité abstraite détachée du groupe « hommes ». Pour rallier les
hommes à la cause, on emploie le discours de « il faut combattre le
patriarcat, pas les hommes » et de « le féminisme bénéficie à tout le
monde » – que je critique dans plusieurs autres articles sous l’étiquette
« féminisme pop ». Peut-être que, dans la même optique, nous centrer
sur le sexisme des femmes est rassurant pour les hommes. Ils peuvent alors se
convaincre qu’ils ne sont pas responsables du sexisme – ils en seraient plutôt
des victimes au même titre que les femmes. Comme si 96% des agresseurs sexuels
n’étaient pas des hommes.
En bonus, ils ne risquent pas grand-chose à critiquer le
sexisme des femmes, alors qu’utiliser ses privilèges pour confronter d’autres
hommes est plus couteux.
Pointer du doigt le commentaire sexiste d’une femmes est plus
facile que de confronter l’agresseur sexuel qu’on a pour meilleur ami. Dire
« les hommes et les femmes sont sexistes » est plus facile que de
respecter les principes de base du allyship
qui exigent de se poster en retrait par rapport aux femmes qui mènent la lutte. Voir une femme échouer à échapper aux conditionnements sexistes
rassure celui qui n’y parvient pas non plus.
Conclusion
Je ne vais pas fermer les yeux sur le sexisme simplement
parce qu’il provient d’une femme. Ce n’est pas non plus ce que je propose. Je
nous invite cependant collectivement à questionner nos réflexes qui nous
poussent à insister démesurément sur le sexisme des femmes. Les violences
faites aux femmes sont surtout des violences commises par les hommes. Même si
l’éducation féministe doit rejoindre tout le monde, le sexisme au féminin ne
doit pas être une excuse pour détourner le regard de la misogynie des hommes,
un bouc émissaire pour rassurer la gente masculine.
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Vous aimerez aussi mon article Pourquoi des femmes ne sont pas féministes
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Féminisme au masculin : l’obstacle insurmontable
Petite introduction à un grand débat féministe
La participation des hommes au(x)
mouvement(s) féministe(s) est une question qui reçoit une attention importante dans
les conversations féministes. On retrouve deux positions diamétralement opposées.
D’un côté, certaines militantes affirment que le féminisme concerne autant les
hommes que les femmes, que le féminisme peut émanciper « tout le monde »,
et surtout qu’il ne peut se réaliser sans la participation des hommes qui
dominent les lieux de pouvoir. L’argument pragmatique est qu’on ne peut mener
un bateau à bon port si seule la moitié de l’équipage donne du sien. De l’autre
côté, on retrouve les féministes qui affirment que les hommes ne peuvent jamais
réellement comprendre ou pratiquer le féminisme, que les femmes doivent s’émanciper
d’elles-mêmes, et que la présence des hommes dans le féminisme est
contre-productive parce qu’ils y reproduisent les rapports de domination. Pour
ces dernières, les hommes ne peuvent pas être féministes, mais plutôt « alliés »
ou « proféministes ».
Beaucoup
de féministes embarquent dans la lutte optimistes face à la participation des
hommes, mais rejoignent le deuxième camp à force de déceptions et de trahisons
par des hommes soi-disant féministes. Un nombre non
négligeable de féministes sont agressées sexuellement par des hommes très
impliqués (voire vénérés) dans la communauté féministe – ce n’est pas parce qu’un homme se dit féministe qu’il est désintéressé.
Même lorsque nous ne subissons pas de telles violences extrêmes, toutes les féministes
se sont déjà fait « mecspliquer » le féminisme par un soi-disant
allié un nombre incalculable de fois. Nous préférons alors consacrer notre
énergie à la lutte contre les violences faites aux femmes plutôt que d’éduquer
des hommes déjà convaincus qu’ils sont plus que parfaits puisqu’ils daignent s’intéresser
à la condition des femmes.
Tout ça, je le sais depuis longtemps, et j’en
ai même déjà parlé dans un de mes premiers articles, Alliés masculins : féministes ou proféministes? Mais
après quelques années d’engagement féministe, je pense avoir enfin mis le droit
sur l’obstacle insurmontable au féminisme au masculin. Parce que même les hommes qui ne violent pas et ne
dominent pas les espaces et les conversations, mêmes les quelques hommes que j’ai
à un moment ou un autre considéré mes alliés sont tombés dans le piège de poser
des limites à mon féminisme.
Si tu poses des limites à mon féminisme, tu n’es pas
mon allié
Il y a un phénomène assez fascinant que j’observe
depuis que je blogue. En deux ans, j’ai reçu un bon nombre de messages de lecteurs/trices
et connaissances – des personnes qui sont dans mes ami.e.s Facebook mais avec
qui je n’ai peut-être jamais échangé. Tous les messages que je reçois se
ressemblent. Du côté féminin, je reçois un merci et un bravo, du style « J’aime
beaucoup ton blogue, il m’a ouvert les yeux sur plusieurs aspects du sexisme
que je n’avais pas remarqués avant. Merci pour tout ce que tu fais et continue
comme ça! ». Du côté masculin, ça ne manque pas, c’est le « bravo
mais » : « Bravo pour ton blogue, j’aime bien tes articles même
si je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu écris ». À. Chaque. Fois.
Ça ne me dérange pas de recevoir ces
messages. Au plus, ça me fait rire : ces hommes savent-ils à quel point
ils sont prévisibles? Je me demande ce
qui pousse des gars que je connais à peine à prendre de leur temps pour me
faire savoir qu’ils ne sont pas d’accord avec tout ce que j’écris. Pensent-ils m’apprendre
quelque chose? Si les hommes étaient d’accord avec tout ce que j’écris, je
n’aurais pas de raison d’écrire. Sont-ils simplement incapables d’offrir un
compliment à une féministe sans le qualifier? Ressentent-ils un besoin
insurmontable de partager leur avis sur tout, même lorsqu’ils sont des gars qui
n’ont lu que quelques textes féministes et que je suis une femme qui y
réfléchit tous les jours depuis des années? Je trouve ces messages bien
intrigants, mais ils m’ont mis sur la piste de ce qui me dérange le plus avec les hommes dits proféministes : ils
se croient en droit de décider quand le féminisme est allé assez loin.
Serrer la bride au féminisme
« Je
supporte [sic] la cause, mais quand même la culture du viol c’est exagéré »
« Je
suis avec vous, mais si tu étais moins agressive ton message passerait mieux »
« Je
suis contre le sexisme moi aussi, mais blâmer tous les hommes ça ne mène à rien »
« Si
vous voulez faire l’égalité, pourquoi est-ce que vous excluez les hommes? On
peut vous aider »
« Je
suis 100% d’accord avec le féminisme mais ta position ne tient pas la route »
Ce
que font les hommes qui tiennent de tels discours, ce n’est pas soutenir le
féminisme, c’est tenter de le contrôler. Comme un
cheval dont on serre la bride. Pour
mieux le maîtriser, les hommes infiltrent le féminisme et y posent leurs
balises. Ainsi, ils s’assurent que les femmes aient assez d’air pour
respirer, sans qu’ils n’aient à sacrifier quoi que ce soit. Sous prétexte que « le
féminisme c’est la libération de tout le monde », les hommes se posent en
juges « objectifs » (lol) de la cause des femmes : eux seuls ont
le recul nécessaire pour savoir quand une revendication va trop loin. Ils ont
le beau rôle de blâmer les Trump de ce monde tout en excusant ceux qui ne font
qu’opprimer « un peu » les femmes. Peut-être croient-ils sincèrement
aimer les femmes, mais ils ne sont pas prêts à faire les sacrifices qui seront
nécessaires pour atteindre une réelle égalité. Les féministes sont classées en
deux groupes : les « bonnes féministes » dont ils approuvent les
revendications et les « radicales » qui vont trop loin. Ils
soutiennent les bonnes féministes tout en insultant les radicales qui, lorsqu’elles
s’en plaignent, se voient répondre par les premières que ces hommes sont des
alliés et qu’il ne faut pas trop les brusquer. Cela génère alors de fortes tensions entre les féministes « pro » et « anti » hommes.
Au vu de ce portrait de la situation, les hommes qui se disent féministes sont un
plus grand obstacle à une égalité réelle que ceux qui se réclament de l’antiféminisme.
On peut se battre contre nos ennemis, mais exiger plus des hommes qui nous font
l’honneur de croire en notre humanité est inacceptable. Parallèlement, se dire
féministe donne aux hommes le droit de nous imposer un degré de contrôle aussi
important que sous le patriarcat. Pour qu’on se satisfasse de notre condition,
les hommes ne font de petites concessions, nous « donnent » des
droits qui ne leur coûtent rien, comme on donnerait un carré de sucre à un
cheval pour lui faire oublier qu’il est prisonnier de l’enclos.
On n’a pas besoin d’alliés qui sont d’accord quand ils
sont d’accord
De tout ce que j’ai écrit sur ce blogue
(113 articles), ce passage est peut-être le plus important. J’espère que vous
me suivez toujours. Il est grand temps
de comprendre ce que signifie réellement être allié – de comprendre que des
alliés qui sont d’accord quand ils sont d’accord sont totalement inutiles.
Qu’est-ce que cela signifie être un.e
allié.e à une cause? Si je suis alliée aux personnes handicapées, par exemple,
ça veut dire que j’utilise mon privilège de personne sans handicap pour amplifier
les voix des personnes opprimées par le capacitisme. Je suis là pour soutenir
la cause et ses revendications, pas pour réinventer la roue. Je dois m’informer
des théories mises de l’avant et des réclamations qui sont faites, et
participer moi aussi à lutter contre le capacitisme. Mais bien sûr, tant que je
n’aurai pas de handicap, je ne comprendrai pas à 100% l’impact que le
capacitisme a sur la vie d’une personne handicapée. Non seulement ça, mais
comme je réfléchis constamment à ma condition de femme et rarement à ma
condition de personne sans handicap, je comprends beaucoup mieux la lutte dont
je fais partie que celle que je ne fais que soutenir. Supposons qu’une leader
de la lutte anti-capacitiste fasse un appel à l’action et mette de l’avant une
revendication à laquelle je n’avais jamais vraiment réfléchi. Trois
possibilités s’offrent à moi :
1)
Soutenir parce que je suis d’accord
2)
Soutenir sans être d’accord
3)
Ne pas soutenir parce que je ne
suis pas d’accord
Quelle est la position alliée? Beaucoup d’hommes
(pour ne pas dire tous ceux que j’ai rencontrés dans toute ma vie) pensent que
c’est la première : l’allié.e soutient la cause parce qu’iel croit que c’est
juste. C’est là que les hommes se trompent. Soutenir une proposition parce qu’on est en accord avec celle-ci n’a
rien à voir avec le fait d’être allié.e : tout le monde est d’accord
avec ce en quoi iel croit. Si un homme croit profondément qu’il ne droit pas harceler
les femmes dans la rue, il ne harcèlera pas les femmes dans la rue – qu’il se
considère allié ou pas. Cette action n’a rien à voir avec l’allyship : il ne s’agit que d’une
personne qui agit conformément à ses croyances comme nous le faisons tous les
jours. Bien sûr, les féministes préfèrent les hommes qui croient qu’ils ne
doivent pas harceler les femmes, mais l’alliance au féminisme n’est pas la cause de l’action féministe (ou, dans ce
cas-ci, de la non-action).
Être
un.e allié.e, c’est soutenir les revendications de la cause même lorsqu’on n’est
pas d’accord ou qu’on ne comprend pas. C’est la
condition sine qua non de l’utilité d’avoir
des allié.e.s. C’est ce qui distingue les allié.e.s des autres personnes :
parce qu’iels sont allié.e.s, iels
agiront différemment.
Pourquoi les hommes sont incapables d’être alliés au
féminisme
J’ai la chance de ne vivre qu’une
oppression, je ne sais donc pas comment ça se passe au sein d’autres luttes. Mais
une chose est certaine : les hommes sont incapables d’être pleinement
alliés au féminisme. Si à ce stade de mon activisme je ne suis même pas sûre de
pouvoir nommer un réel allié à ma cause, c’est que les hommes qui le sont, s’ils
existent, sont – comme on dirait en sciences – statistiquement non
significatifs. Pourquoi?
Dans
notre société, les hommes sont socialisés à la confiance en soi. Ils sont plus facilement convaincus que leur opinion est la bonne
et sont plus sûrs d’eux-mêmes, alors que les femmes sont socialisées à douter
de tout. Dans une salle de classe, lorsque la professeure pose une question,
les premières mains à se lever sont souvent celles des hommes, alors que les
femmes tardent plus longtemps à se convaincre que ce qu’elles ont à dire vaut
la peine d’être entendu. Toute personne qui y a déjà porté attention aura
remarqué combien d’étudiantes commencent leur intervention par « c’est
peut-être une question stupide, mais » ou « je ne suis pas trop sûre
de comprendre, mais ».
L’excès
de confiance en soi des hommes s’étend à des situations où ils sont sous-qualifiés. On observe par exemple que les hommes postulent pour des postes
lorsqu’ils sont sous-qualifiés, alors que les femmes sont plus souvent surqualifiées.
Cela explique que des hommes qui n’ont jamais eu la moindre éducation féministe
osent expliquer à des autrices féministes reconnues qu’elles ont tort. Je ne
suis pas en train de m’enfler la tête – je parle d’autres blogueuses féministes
qui sont perçues comme des références dans la communauté et qui doivent tout de
même endurer les innombrables messages de M. Toutlemonde qui pense qu’aucune
femme n’a jamais réfléchi à l’idée qui vient de lui venir en lisant son premier
texte féministe. Il ne me viendrait jamais à l’idée d’obstiner une spécialiste
en physique – ce n’est pas mon domaine. Il me semblerait également tout à fait
incongru d’aller dans une communauté autochtone donner une conférence sur
comment « vraiment » combattre le colonialisme. Apparemment, les
hommes ne connaissent pas une telle retenue. Leur avis est toujours valable –
parce qu’il a toujours été valorisé.
Autre aspect de ce problème : dans nos cultures, les hommes incarnent la
rationalité et l’objectivité, alors que les femmes incarnent la subjectivité et
l’émotion. Non seulement l’homme qui m’explique le féminisme est-il
convaincu que son opinion de novice vaut la mienne, mais en plus il se croit
moins biaisé. Les hommes ne pensent qu’avec leur raison (sauf lorsqu’ils
violentent les femmes – on blâmera alors leurs émotions mais seulement quand ça
les arrange). Forcément, une femme est biaisée lorsqu’elle parle de féministe
puisqu’elle est concernée par la lutte. Comme les hommes ont décidé qu’ils n’avaient
rien à voir avec le patriarcat (« il faut combattre le patriarcat, pas les
hommes »), ils se positionnent à la fois juge et partie en prétendant
avoir du recul que les femmes n’ont pas.
Ces traits culturels font partie de notre
socialisation depuis la plus tendre enfance – des féministes font même remarquées
que nous sommes mêmes désormais socialisé.e.s in utero parce qu’on genre les fœtus. Même les hommes qui aspirent
à être des alliés au féminisme ont donc de la difficulté à s’en débarrasser. Dans
notre société qui valorise (sur papier) la démocratie, le débat d’idée et l’ouverture
d’esprit, il leur parait inconcevable d’accepter une position sans l’avoir
réfléchie, testée et débattue en jouant à l’avocat du diable. Les féministes
qui refusent de perdre leur temps en débattant pour la millième fois d’un sujet
dont elles ont exploré tous les recoins avec quelqu’un qui vient d’en apprendre
l’existence sont alors présentées comme fermées d’esprit. L’idée selon laquelle
les femmes doivent leur temps aux hommes s’allie à la suprématie de l’opinion
masculine et pourrit nos alliés.
En guise de conclusion?
J’en appelle aux femmes à arrêter de penser
que tout homme qui se dit féministe est un allié. Mais surtout, j’en appelle
aux hommes à cesser de toujours tout remettre en question. Si vraiment vous
êtes des alliés, soutenez-nous sans être convaincus. S’il faut vous convaincre pour que vous cessiez de nous opprimer, vous
n’êtes pas différents des masculinistes. Ce dont nous avons besoin, ce sont
des alliés qui vont nous faire gagner, et non pas perdre, du temps en appuyant
les revendications que nous aurons
choisies. J’ai intitulé cet article « Féminisme au masculin : l’obstacle
insurmontable » parce que j’en suis venue à penser qu’une telle position d’allié
est impossible pour les hommes. Si vous n’êtes pas d’accord, prouvez-moi dans
le tort en partageant vous-mêmes un article avec lequel vous n’êtes pas d’accord…!
Mon article « Tais-toi et crois-moi »
est un complément à ce texte. Si vous vous demandez comment vous pouvez
croire les féministes sur parole sans que cela nuise à votre apprentissage /
liberté d’expression / intégrité intellectuelle, je vous implore de le lire à
l’adresse suivante : http://decolereetdespoir.blogspot.ca/2016/04/tais-toi-et-crois-moi.html
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8 choses que les hommes peuvent faire à part "nous croire" #StopCultureDuViol
Voilà donc 8 choses que les hommes peuvent
faire pour combattre la culture du viol.
1)
Parlez aux hommes
C’est bien beau les belles paroles dans les
événements féministes mixtes, les statuts Facebook sur vos inquiétudes par
rapport à vos filles, et les mots d’encouragements pour les femmes, mais que
faites-vous pour mettre fin au viol? Parlez à votre fils, à votre frère, à
votre meilleur ami. La culture du viol se cache aussi dans votre réseau.
Une étude rapportée dans les médias cette semaine
concluait qu’un tiers des hommes violeraient s’ils pouvaient être certains qu’il
n’y aurait pas de conséquences. Dans notre société, le viol est très, très
rarement puni – au point où on peut approximer qu’on peut violer sans
conséquences. Cherchez ce tiers d’hommes dans votre entourage – celui qui veut
violer, ou qui a probablement déjà violé. Il est extrêmement difficile pour les
femmes d’éduquer les violeurs. Le travail vous revient.
Même si cette étude a fait beaucoup parler
dans les derniers jours, elle ne devrait pas vraiment nous surprendre. Une
logique élémentaire veut qu’il n’y ait pas que deux ou trois hommes qui violent
à eux seuls des milliers de femmes. Si je connais facilement une trentaine de
femmes qui ont été violées, tu connais sans doute une trentaine d’hommes qui
ont violé. On me fait toujours remarquer qu’un homme peut violer plus d’une
femme – on oublie que des femmes sont violées par plus d’un homme. Cessez de
rationnaliser et passez au travail.
2)
Désolidarisez-vous des
agresseurs
Vous avez peut-être vu passer le
témoignage d’une survivante qui titrait
« J’ai 189 amis en commun avec avec le mec qui m’a agressée sexuellement ».
Le viol de fond de ruelle est un stéréotype : la majorité des viols sont commis par des hommes proches de nous. Ça veut dire qu’après le viol on se retrouve avec les mêmes amis, le même entourage qui souvent ferme les yeux. La victime se retrouve ostracisée de son réseau alors que l’agresseur garde tous ses amis.
Le viol de fond de ruelle est un stéréotype : la majorité des viols sont commis par des hommes proches de nous. Ça veut dire qu’après le viol on se retrouve avec les mêmes amis, le même entourage qui souvent ferme les yeux. La victime se retrouve ostracisée de son réseau alors que l’agresseur garde tous ses amis.
Lorsqu’un homme qui vous connaissez est
dénoncé, il est essentiel de vous désolidariser. Cela ne contredit pas le point
1 : si vous arrivez à la sensibiliser et à l’amener à accepter sa
responsabilité, tant mieux. Mais les hommes ne violent pas tous par manque d’information.
Les hommes choisissent de violer. Vous ne pouvez pas faire grand-chose pour qu’une
responsabilité criminelle leur soit imputée, mais vous pouvez participer à la
responsabilisation sociale. Aller prendre un verre avec un violeur vous rend
complice. Inviter un violeur à une soirée sociale vous rend complice. Fermer
les yeux est toujours plus facile, mais les femmes n’ont pas ce luxe.
3)
Lisez des témoignages de
survivantes
Dans un récent article, je partageais l’incrédulité
que j’ai vécue lorsque j’ai réalisé qu’un ami n’avait jamais entendu une femme
lui raconter un viol. Comment peut-on être solidaire quand on ne comprend pas
la réalité des femmes? Si vous êtes un homme cis, vous ne comprendrez peut-êtrejamais l’emprise du viol et de la peur du viol sur nos vies. Il est tout de
même important de faire l’effort d’entendre ces histoires, pas seulement pour
développer votre empathie mais aussi pour corriger vos idées fausses sur les
viols « ordinaires ».
Si vous n’avez pas été agressé sexuellement
et que vous n’avez pas de trigger particulier
lié aux témoignages de viol, allez faire un tour sur le site de Je suis indestructible et lisez les témoignages. Ce sera désagréable, mais chaque
témoignage que vous lirez est une chose de moins qu’une survivante proche de
vous devra vous apprendre.
4)
Mobilisez-vous
Il a été décidé que la manifestation serait
mixte. Sachez que cette décision ne fait jamais l’unanimité. Réfléchissez sur
quelle doit être votre place dans la mobilisation féministe, et occupez-la. Gardez
les enfants d’une manifestante. Surveillez les antiféministes qui pourraient
venir menacer la sécurité des participantes. Marchez à l’arrière du groupe. Préparez
le café. Quelle que soit votre implication, assurez-vous qu’elle soit la
bienvenue, et qu’elle vous permette de passer de la parole aux actes.
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Bannière de la manifestation anti-viol Stop la culture du viol: https://www.facebook.com/events/1114460498641519/
Crédit Maude Bergeron / Les folies passagères
[Description d'image: dessin de mains et de lèvres de différentes couleurs sur un fond blanc. Il est écrit au centre #STOPCULTUREDUVIOL]
|
5)
Soyez à l’écoute
La mobilisation des hommes est importante,
mais seulement lorsqu’elle n’est pas contre-productive. Les féministes ne
peuvent pas toujours passer leur temps à expliquer aux hommes pourquoi leurs
comportements sont problématiques. Si on vous dit que marcher à l’avant de la
manifestation est problématique, épargnez à tout le monde un cours magistral et
déplacez-vous vers l’arrière. Si une féministe vous dit qu’un article que vous
avez partagé est problématique parce qu’écrit par un non-allié, supprimez le
partage. Soyez à l’écoute. Ce n’est pas plus compliqué que ça.
Et pour les intellos qui veulent toujours
tout comprendre : vous survivrez à faire confiance au jugement de femmes
qui dédient leur vie à la cause. Ne pas être Monsieur-je-sais-tout une fois
dans votre vie ne vous tuera pas.
6)
Faites un don
En tant qu’homme, vous gagnez probablement
environ 25% de plus qu’une femme à compétences égales. Cet argent lui est en
quelque sorte volé : dans un monde égalitaire, votre salaire serait
inférieur. Si vous en avez les moyens, pourquoi ne pas chercher à réparer cette
injustice en faisant un don unique ou régulier à une organisation féministe,
comme la Fédération des femmes du Québec qui a été saccagée par les coupures,
ou un centre pour femmes victime de violences qui doit chaque année refuser des
femmes par manque de ressources?
7)
Surveillez les hommes
La plupart des hommes n’ont
pas la moindre idée de l’effort mental que les femmes consacrent à assurer leur
sécurité. Ce travail est épuisant et ne devrait pas seulement reposer sur nos
épaules.
Et si, au prochain party, vous buviez un peu moins et surveilliez un peu plus? Si vous
voyez un homme harceler une femme, intervenez. Si vous voyez un homme droguer
une femme, intervenez (on dirait que cela va de soi, mais des expériences
montrent que les hommes gardent souvent le silence dans ces situations). Si
vous voyez une femme désorientée ou intoxiquée, avertissez ses amies, appelez un taxi, demandez-lui si elle a besoin d’aide.
Les femmes apprennent vite à reconnaitre
une autre femme qui, malgré son sourire, se sent coincée. On se donne des « codes »
pour se « sauver » lorsqu’un gars est un peu trop insistant. Si les
hommes étaient plus attentifs, ils pourraient aussi intervenir lorsque leur ami
place une femme dans une telle situation.
Ce n’est pas aux hommes de sauver les
demoiselles en détresse sur leur cheval blanc. Certains comportements, comme
offrir de raccompagner une femme chez elle, touchent parfois le sexisme
bienveillant (ou fait de vous le danger potentiel). Respectez avant tout les
besoins des femmes. Cela ne vous empêche pas de discuter avec vos amies proches
de ce que vous pouvez faire pour qu’elles se sentent plus en sécurité.
8)
« On vous croit » :
êtes-vous sûr?
C’est le temps de faire un peu d’introspection.
Lorsque vous écrivez #OnVousCroit sur Facebook ou Twitter, y croyez-vous
vraiment? Croyez-vous les femmes même lorsque les médias font tout pour les
discréditer? Croyez-vous les femmes même lorsqu’elles boivent? Croyez-vous les
femmes qui ne cadrent pas avec votre image de la bonne victime? Croyez-vous les
femmes qui accusent votre meilleur ami? Si vous avez répondu « non »
à ces questions, vous faites partie du problème. Si vous êtes encore pris dans
la mentalité de la « présomption d’innocence » et des « deux
côtés de la médaille », dire « on vous croit » est hypocrite.
Et le plus important : croyez-vous les
femmes qui vous accusent de viol? Si
une de vos anciennes partenaires affirme que vous l’avez agressée sexuellement,
passerez-vous tout de suite dans la défensive, ou vous remettrez-vous en
question? Dire à un homme qu’il nous a violée demande beaucoup de courage et
donne rarement de bons résultats. Apprenez à accepter votre responsabilité dans
la culture du viol. Apprenez à écouter. Apprenez à mettre vos idéaux devant votre
orgueil. Apprenez à réellement nous croire.
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Ce débat va tuer le féminisme: peut-on passer à autre chose?
Il y a des sujets de débat dans le
féminisme qui ne seront peut-être jamais résolus. Cela fait des années qu’on en
parle, les camps sont de plus en plus retranchés, et le consensus semble tout
simplement impossible. Le voile, l’inclusion des femmes trans, la prostitution :
ces débats nous déchirent à un point où on est parfois découragées de se parler
entre nous, on n’arrive plus à rien d’autre qu’à se détester un peu plus. Mais ces débats sont fondamentaux. Des
personnes qui croient sincèrement que la prostitution est une violence sexuelle,
comme celles qui pensent que cette position met les travailleuses du sexe en
danger, n’abandonneront pas la lutte : l’enjeu est trop grand. Ces débats
recèlent des questions de vie ou de mort. Autant j’aimerais les voir résolus
(en faveur de ma position), autant je conçois que personne ne soit prête à
lâcher le morceau. Ces déchirures sont dommage mais nécessaires – il faut se
désolidariser d’opinions féministes qui vont à l’encontre de nos valeurs d’égalité.
MAIS : il y a un foutu débat qui ne nous lâche pas, et qui est tellement
stérile que si je cesse un jour d’être féministe, ce sera de sa faute. L’inclusion
des hommes.
Sérieusement,
il semble que 50% de notre énergie de mobilisation soit gaspillée à décider si
les hommes devraient ou pas être admis à l’événement. J’ai un scoop pour vous
toutes : la plupart des hommes se contre-foutent de nos événements. Les hommes qui nous crachent des insultes et nous balancent des
menaces lorsqu’on recherche la non-mixité ne sont pas nos alliés (oui, il y a
des hommes « féministes » – par dizaines – qui trollent nos événements et nous harcèlent violemment parce qu’on
les empêche de montrer à quel point, pour reprendre l’expression de Donald
Trump, ils respectent les femmes). Les quelques autres qui restent devraient
respecter nos choix. Ce n’est pas comme si les événements mixtes manquaient
dans notre société.
J’ai été dans des événements féministes
mixtes. La plupart le sont. Ouvrez les yeux : les hommes ne s’y trouvent
pas. Dans une salle de trente personnes pour tout événement féministe, je
prédis qu’il n’y a qu’un ou deux hommes. Tout ce cirque pour un ou deux
hommes?!
Aux femmes qui croient encore que la
non-mixité d’un petit événement isolé une fois de temps en temps marquera la
fin du féminisme, parce qu’il faut reconnaitre que les hommes vont mettre fin
au patriarcat (ce qu’on attend toujours…) : revenez-en. Vous n’aimez pas manifester en non-mixité?
Allez à une autre manifestation. Encore mieux : organisez votre propre
manifestation – les féministes radicales seront là pour vous soutenir. Dans
le temps que nous aurons passé à se sauter à la gorge en débattant de si les
hommes devraient y être admis, nous aurions pu en organiser deux. A m’ment d’nné, ça va faire, comme on
dit en bon québécois.
Je me suis impliquée pendant trois ans pour
une revue juridique par et pour les femmes. À tous les six mois, la discussion
revenait : ne devrait-on pas s’ouvrir aux hommes? Il existe des centaines
de revues mixtes : pourquoi une femme choisit-elle de s’impliquer dans LA revue non mixte de l’école si c’est
pour en faire une revue mixte? Je n’ai jamais compris.
Je
pense qu’il est grand temps de vivre et laisser vivre en matière de mixité. Beaucoup de femmes ont toutes sortes de bonnes raisons de vouloir
éviter les hommes, ne serait-ce que de temps en temps. Parmi celles-ci, on
compte des dizaines de mauvaises expériences où des hommes soi-disant
féministes leur ont mecspliqué, ont pris trop de place, les ont interrompues,
ou même les ont violentées. Des fois, on a besoin d’un break.
Les femmes qui désirent la mixité n’ont souvent
pas eu ces expériences – tant mieux pour elles. Mais ne peuvent-elles pas faire
preuve d’un peu de compassion? Quant aux événements mixtes, ils auront toujours
lieu, et seront l’endroit rêvé pour tous ces hommes proféministes qui,
paraît-il, n’attendent qu’une porte ouverte pour se manifester par milliers. Que
chacune organise l’événement dont elle a besoin.
Maintenant : peut-on, je vous en
supplie, passer à autre chose?
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Le vrai problème de Trump – et pourquoi personne n’en parle
![]() |
[Description d'image: dessin d'un homme
en sueur hésitant entre deux options contradictoires: "That's just how guys talk" et "Not all men"] |
Quelle est véritablement la nouvelle de la semaine? En
parcourant les titres des journaux la relayant, on trouve « Enregistrementde Trump ayant une conversation obscène sur les femmes en 2005 »,
« Donald Trump dans la tourmente après la révélation d'anciens propos machistes », et des titres du genre. Vous
aurez peut-être remarqué que j’ai écrit plus haut que Trump a été confronté sur ses propos. Qu’est-ce que cela
signifie? La nouvelle n’est pas « Enregistrement de Trump admettant avoir
agressé sexuellement des femmes », ou « Trump dans la tourmente après
la révélation qu’il est un violeur ». Ce qui importe, ce ne sont pas ses
actions, mais ses paroles. Son crime n’est pas d’avoir violé des femmes (il n’y
a rien là!), mais d’avoir été surpris donnant le mauvais discours.
En affirmant que tous les hommes parlent
comme ça, les fans de Trump s’étant portés à sa rescousse omettent également d’adresser
le réel problème. Veulent-ils dire que tous les hommes se vantent d’avoir
violé, parce qu’ils sont tous des violeurs? Cela serait en contradiction
directe avec #NotAllMen. Pour éviter toute réelle conversation sur la violence
sexuelle, ils recentrent le débat sur la « façon de parler » de
Trump, de telle sorte que la nouvelle soit sa maladresse plutôt que ses viols. On
pardonne plus facilement un homme qui tient des propos sexistes qu’un homme qui
viole (quoique…).
La
gauche participe à l’invisibilisation des viols de Trump
Malheureusement, même les personnes qui
dénoncent Trump et les féministes de mon entourage participent à effacer ses
viols du débat en limitant la conversation aux paroles de Trump. Par exemple, une critique antiraciste circulant sur les réseaux
sociaux dénonce le fait que des propos dégradants envers les femmes (blanches)
choquent plus que tous les propos racistes que Trump a tenus dans le passé. Je
comprends la frustration face au racisme omniprésent dans cette campagne
électorale. Cependant, en faisant cette comparaison, on n’est pas réellement en
train de comparer des propos sexistes avec des propos racistes, mais bien des
agressions sexuelles avec des propos racistes. Malgré des intentions louables,
cela participe à la culture du viol. En avançant que les Républicain.e.s ont tort
de juger ce scandale plus durement que d’autres choses horribles que Trump a dites
dans le passé, on affirme que le crime impopulaire n’est pas de violer mais de
ne pas être « politiquement correct ». Il semble surréel de devoir rappeler
que Trump a tenu des propos sexistes dans le passé (voir cet échantillon).
La goutte qui fait déborder le vase devrait très clairement être identifiée
comme une confession de viol.
Traiter les Mexicains de violeurs est incroyablement raciste. Mais être traité de violeur et être violée ne sont pas la même chose. Il y a beaucoup à dire sur le racisme du Parti républicain, mais n'allons pas dire qu'il se préoccupe des femmes - même blanches.
Tout
pour ne pas croire que les hommes violent
Les révélations de cette semaine n’auraient
en réalité dû surprendre personne. Des accusations de viol ont déjà été faites
contre Trump – quelque chose qui est « comme par hasard » passé sous
le radar des médias… Par ailleurs, la misogynie de Trump, couplée à ses
comportements violents ,rend l’hypothèse d’un Trump soucieux du consentement sexuel
des femmes plutôt risible. Si on était honnêtes et lucides, on saurait depuis
longtemps que Trump est un agresseur sexuel.
Mais ce n’est pas comme ça que ça marche
sous la culture du viol. Dans la culture du viol, on ne croit jamais les femmes. Les hommes sont au
plus des violeurs « allégués ». Une plainte pour viol ne veut rien
dire, puisqu’on présume les hommes innocents et les femmes menteuses.
Et qu’arrive-t-il quand les hommes admettent
être des violeurs? Même là, on ne veut pas y croire. Les paroles de Trump font
une meilleure nouvelle que ses actions, parce qu’on peut entendre l’enregistrement.
Même si la majorité des gens ne l’écoutent pas, le fait qu’on sache qu’un enregistrement
existe quelque part nous rassure. On n’a pas encore de vidéo de Trump violant
une femme : alors, même s’il affirme violer, on lui donne le bénéfice du
doute. Cela montre bien à quel point on refuse de croire au viol.
Un problème
plus large
Le problème ne se limite pas à Trump.
Toujours, dans les médias, la violence faite aux femmes est ignorée au profit
des « paroles ». Les médias de masse titrent régulièrement « des
propos jugés sexistes » ou « X
accusé de misogynie ». On n’est
quand même pas pour rapporter le sexisme dans nos journaux – on préfère
rapporter les plaintes de femmes pleurnichardes. Lorsque, il y a quelques mois,
une Montréalaise a subi une tentative de viol au festival Osheaga, j’avais fait
remarqué que les médias titraient avec obstination qu’une festivalière « accusait »
Osheaga, plutôt que de rapporter tout simplement que des violences sexuelles y
avaient court. On ne retrouve pas ces tics journalistiques dans tous les
domaines. Ce sont particulièrement les actions violentes envers les femmes qui
sont bannies des nouvelles.
La
vérité est que le viol n’est pas important
Trump n’est pas le premier politicien à
avoir violé. Il est clair que « respecter les femmes » n’est pas un
prérequis à la vie politique, même lorsqu’on le comprend dans son sens le plus
basique de « ne pas les violer ». On a pu voir lors du débat
électoral. Malgré l’effort de l’animateur pour faire dire à Trump qu’il n’avait
pas violé de femmes (il lui a mis les mots dans la bouche plus d’une fois), le
politicien n’a pas senti le besoin de nier ses viols.
Lorsque confronté sur ses paroles, Trump
lance d’abord “I didn’t say that at all, I don’t think you understood what was
said” (« Je n’ai pas dit ça du tout, je pense que vous n’avez pas compris
ce qui a été dit »). Tout de suite, on est dans le sémantique, le débat
sur les mots et pas sur les actions. Il devient clair que Trump est accusé d’avoir
tenu des paroles inappropriées lorsqu’il continue en s’excusant à sa famille et
aux États-Uniens – et non pas aux femmes agressées. Il a honte de ses paroles,
mais pas de ses gestes. Bref, les hommes peuvent violer, en autant qu’ils en
parlent comme il faut.
Ce qui est encore plus évident est que
Trump ne considère pas que la question de son statut de violeur mérite même la
moindre considération. Il aurait été facile de dire : « je
plaisantais, je ne ferais jamais ça ». Mais ce n’est pas ce qu’il fait. Il
embarque aussitôt dans une description de notre monde où « ISIS coupe des
têtes ». Il ne fait pas initialement l’effort d’expliciter le lien entre
la question qui lui est posée et son soliloque sur ISIS et les frontières, mais
il est clair qu’il veut parler des choses vraiment importantes (des « vraies
affaires », comme on dit au Québec), et non pas de détails insignifiants
comme le viol. Il dit textuellement : “We should get on to much more
important things, and bigger things” (« on devrait passer à des choses
bien plus importantes, de plus grandes choses »). Non seulement violer n’est
pas un problème, mais il ne vaut même pas la peine d’avoir une conversation
pour se demander si c’est un problème. Autant discuter de sa marque de crème
solaire.
Jamais les hommes n’admettent qu’ils sont
des violeurs – on s’entend que demander franchement à Trump s’il a agressé des
femmes ne risque pas d’amener une confession. On aurait quand même pu s’attendre
à ce qu’il prenne le temps de nier l’accusation. Après la troisième fois où l’animateur
le prie de lui répondre clairement « just
for the record », Donald Trump consacre à la question une demi-seconde
au milieu d’une phrase (avec une petite voix des moins convaincantes) : “And
I will tell you – No I have not – I will tell you that I’m gonna make our
country safe, we’re gonna have borders” (« Et je vais vous dire – Non je
ne l’ai pas fait – I vais vous dire que je vais rendre notre pays sécuritaire,
nous aurons des frontières »).
Il est décevant qu’en politique la « sécurité
du pays » n’inclue pas celle des femmes. Mais il est terrifiant qu’un
candidat présidentiel n’ait même pas besoin de nier être un violeur pour
obtenir les votes de la moitié du pays.
Arrêtons de faire des « paroles »
de Donald Trump la nouvelle et concentrons-nous sur ses actions. Donald Trump a
admis avoir violé des femmes. Si on avait vraiment pris la peine de comprendre
ce que cela veut-dire, peut-être aurait-on pu lui poser les vraies questions
lors du débat, par exemple : « Si vous êtes élu, vous serez
probablement l’homme le plus puissant du monde. Le viol est un crime de
pouvoir. Comment pouvez-vous demander à l’électorat de vous faire confiance
pour ne pas abuser de ce pouvoir pour violer des femmes? ». Mais le droit
de cuissage des hommes puissants, ce ne sont pas des « affaires
importantes ». On préfère demander à Trump de « justifier ses propos ».
J’ai une mauvaise nouvelles pour vous
tou.te.s : fermer les yeux ne fait pas disparaitre le viol.
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Vous aimerez aussi mon article La gauche rejette Hillary Clinton? Je rejette le sexisme
6 signes que tu n’es pas vraiment contre la culture du viol
Comme à
chaque rentrée scolaire, la période des initiations à imposé à d’innombrables
étudiantes de première année diverses activités dégradantes, violentes, ridicules
ou participant à la culture du viol. Les médias en ont parlé. Comme à chaque
rentrée scolaire, d’innombrables femmes de première année ont entamé leurs
études universitaires en étant violées sur le campus ou dans le cadre
d’activités scolaires. Mais ça, les médias n’en ont pas parlé.
|
[Description: des jeunes dansent, boivent, font la fête]
|
Les mois de
septembre à novembre de la première année d’études universitaires sont ceux où
les étudiantes ont le plus de « chances » d’être violées (on pourrait
aussi dire : « les étudiants profitent des mois de la rentrée pour
violer le plus d’étudiantes de première année »). On assiste, année après
année, à une véritable épidémie, mais, étrangement (ou pas...), personne n’en
parle. Cela ne fait certainement pas partie des informations données aux
étudiantes dans leur paquet de bienvenue. Cela ne fait pas non plus les gros
titres des médias. On préfère parler des
initiations en brossant le portrait d’une croisade de féministes hystériques,
coincées, et définitivement mal baisées contre des événements où tout le monde
s’amuse, plutôt que d’ouvrir les yeux sur les conséquences dramatiques que la
culture du viol a sur la vie et la sécurité des femmes.
La période
des initiations est l’occasion rêvée pour les « bon.ne.s (pro)féministes »
d’affirmer haut et fort que la culture du viol est un fléau, tout en s’assurant
qu’elle survive aux attaques et renaisse en forme en septembre prochain. La semaine des initiations est la semaine
du viol. La semaine suivante est la semaine de la bonne conscience. Et toutes
les autres sont les semaines du déni.
Nouvelle-choc : la culture du viol est un problème sérieux et complexe. Elle est profondément enracinée dans notre société. Elle bénéficie à la moitié de celle-ci. S’en débarrasser ne se fera pas sans mesures radicales. On ne règlera pas la culture du viol à force de belles paroles vides et de « nuances » destinées à protéger l’égo masculin. Voici donc six positions sur la culture du viol complètement inutiles au féminisme - toutes lues ou entendues dans les derniers jours.
1) C’est la faute de tout le monde...
et la faute de personne
Première
réaction face à la culture du viol : il ne faut pas la voir partout.
Deuxième réaction face à la culture du viol – une fois qu’on commence, nous
aussi, à la voir partout : tout le monde est responsable. Vous avez
peut-être oublié un détail?
On peut
dire que « tout le monde participe à la culture du viol », et ne pas
être entièrement dans le tort, mais cela masque le fait que l’écrasante
majorité des violeurs sont des hommes, que les étudiants universitaires
commettent plus que leur part de viols, et que les étudiants des fraternitésviolent 300% plus que les autres.
Tout le monde y participe, donc, mais certains plus que d'autres.
Le
problème, lorsqu’on dit que tout le monde est responsable de la culture du
viol, c’est qu’on se sert de cette affirmation facile pour se
déresponsabiliser. Si tout le monde est responsable, personne n’est
coupable. Je n’ai encore vu personne affirmer que la culture du viol était
un phénomène qui touche tout le monde, et qui dépasse les universités, et en
conclure qu’il devait entamer une sérieuse remise en question. Si l’on croyait
vraiment que tout le monde était responsable de la culture du viol, on
arrêterait de reprocher aux féministes de voir tous les hommes comme des
violeurs et on commencerait à s'y attaquer. À la place, on préfère se consoler en se disant qu'on est comme tout le monde.
2) Les initiations ne sont pas le
problème
Est-ce que les initiations causent la culture du viol? Est-ce que la culture du viol cause les initiations? Je laisse les questions de l’œuf ou la poule aux philosophes (et aux non-véganes), parce que pour moi, l'affirmation ci-haut est simplement ridicule. Si des femmes sont violées pendant des initiations – plus qu’à d’autres périodes de l’année – comment est-ce que l’initiation pourrait ne pas être un problème?
Les
ingrédients des initiations sont bien connus – pressions par les pairs, « jeux »
à connotation sexuelle, l’humiliation pour rite de passage, et, bien sûr, l’alcool.
Malgré tous ces ingrédients qui ne peuvent qu’avoir de mauvaises conséquences
année après année, on refuse de considérer que l’initiation soit un problème.
Pourquoi? Parce que c’est le fun. Ce
qui amuse ne peut pas être problématique – sinon, ça obligerait les gens
préoccupés par le sexisme à faire des sacrifices. L’alcool, les partys, l’Ostie de jeu, les jeux vidéos :
on revient toujours au même problème. À
force de prétendre que le féminisme bénéficiera à tous les hommes, on exclut
toute approche qui demande de sacrifier un peu de plaisir personnel à la cause.
Les
initiations sont un problème – que ce soit parce qu’elles causent, encouragent, tolères ou ignorent la culture du viol.
3) La solution n’est pas d’interdire
les initiations
Cette
semaine, j’ai vu de nombreuses personnes affirmer qu’il ne fallait pas
interdire les initiations, mais je n’ai vu personne le proposer. Pourquoi les
partisan.e.s des initiations sont-iels autant sur la défensive? Pensent-iels
sérieusement qu’une tradition aussi enracinée que l’initiation risque d’être
interdite simplement parce qu’elle encourage le viol? Voyons donc! Dans une
société qui ne met même pas les violeurs en prison, la prévention du viol est
très loin d’être une préoccupation sérieuse.
Pourquoi s’excite-t-on,
alors, à réfuter cette proposition? Répéter qu’il ne faut pas interdire les
initiations sert deux fonctions.
Premièrement,
en se plaçant sur la défensive, les pro-initiations se placent en victimes des
excès du féminisme. Quiconque lit tous ces plaidoyers du fond du cœur pour le
maintien des initiations croira qu’une poignée d’hystériques mal baisées est en
train de persécuter nos associations étudiantes. Du coup, les coupables ne sont
pas ceux qui – faut-il le rappeler? – mettent la table pour le viol d’une femme
sur cinq pendant son passage à l’université, mais bien les quelques femmes qui
ont le courage de dénoncer les humiliations qu’on leur fait subir. Classique
technique masculiniste : inverser les rôles d’oppresseur et d’opprimée.
Deuxièmement,
en refusant catégoriquement toute proposition qui s’attaquerait au privilège de
faire la fête en début d’année, les pro-initiations font d’une tradition idiote
et dangereuse un droit. Avec un peu de recul, on pourrait se demander qui peut
réellement croire que ça ne vaut pas la peine d’annuler une fête pour
empêcher même un seul viol. C’est pourtant ce qui est avancé. Ce n’est pas que les
pours et les contres de la prohibition sont débattus – il s’agit d’empêcher l’idée
même d’un débat sur le sujet. On prend pour acquis qu’interdire les initiations
(ou fermer les fraternités) est l’idée la plus ridicule au monde. On renverse
alors le fardeau de preuve. Des féministes doivent, comme je le fais en ce
moment, défendre une approche concrète à la culture du viol, et rappeler que les
belles paroles et les slogans catchy ne
changent pas grand-chose. Il serait pourtant plus logique que ce soit aux
pro-initiations de s’expliquer. Comment se fait-il qu’on n’attende pas des
organisateurs.trices des initiations qu’iels démontrent qu’une formule non
sexiste est possible? Encore une fois, on peut faire le parallèle avec les
fraternités : pourquoi ne pas exiger des frats qu’ils fassent la preuve qu’ils sont capables de ne pas
violer? Ce n’est pas comme si c’était un standard particulièrement élevé.
Montre-moi une initiation respectueuse, et on pourra parler des bénéfices de la
pratique. Mais en présentant « le camp féministe » comme
déraisonnable – une poignée de « filles » qui « exagèrent » –,
on oublie que c’est l’autre camp qui devrait être en train de se justifier et
de s’excuser.
4) C’est pire ailleurs
Même si on
reconnait que l’initiation ayant cours à notre université est problématique, on
peut toujours se réfugier derrière le classique « c’est pire ailleurs ».
Cela montre, encore une fois, à quel point on a de basses attentes par rapport
aux pratiques institutionnelles sexistes.
Évidemment,
comme les initiations sont interdites de critiques et hostiles à toute
évaluation, on ne sait pas tout ce qui s’y passe. On n’a certainement pas un
récit de chaque viol, chaque insulte sexiste, chaque pression indue à la nudité
qui y ont lieu. Tout ce qu’on en sait vient des témoignages de quelques femmes
courageuses qui risquent l’opprobre pour faire connaitre leur expérience. En se
basant sur cette connaissance limitée, des gens pour qui la réputation de leur
université est plus importante que la sécurité des femmes affirment que c’est
pire dans d’autres universités. L’herbe est toujours plus sexiste chez le
voisin – surtout quand on a la chance d’avoir les États-Unis pour voisins.
Je souhaite à chaque personne qui tient ces
propos que, la prochaine fois qu’elle ira à l’hôpital pour soigner une jambe
cassée, on refuse de la traiter parce que d’autres personnes ont le cancer.
Il a fallu
des luttes considérables pour que les violences envers les femmes deviennent un
crime, ou au moins un problème. Malgré cela, on est toujours prisonnières de la
rhétorique du viol « complet » et de la « vraie » violence.
Qu’importe qu’une femme soit traitée de pute? Qu’importe qu’un homme mette la
main aux fesses d’une femme sans son consentement? Qu’importe qu’on force une
étudiante à se déshabiller devant ses camarades? Tant qu’on n’a pas une fille de
dix ans violée par 25 hommes devant 33 caméras chez les voisins, il n’y a pas
de problème.
5) On persécute les universités
Cette année
au Québec, c’est l’Université de Montréal qui a été victime de persécutions. En
effet, le fait que ses étudiantes aient vu leur consentement ignoré n’est rien
par rapport au crime qu’elles ont commis en osant dénoncer leur institution. Où
est leur esprit d’équipe?
L’idée
selon laquelle les universités sont persécutées est fausse et ridicule.
Fausse, d’abord :
toutes les universités sont critiquées pour perpétuer la culture du viol. Quand
on vient de l’Université de Montréal et qu’on préfère se voir comme victime
plutôt que comme complice, on ferme les yeux sur les dénonciations à l’UQAM qui
ont fait la une pendant des semaines, sur les attaques répétées envers McGill
pour la façon dont elle traite les femmes qui dénoncent un viol, sur les
critiques des initiations à Sherbrooke l’an passé. Et après, on accuse les
féministes de se présenter en victimes…?
Ridicule,
ensuite : qu’est-ce qu’on propose pour remédier à cette persécution? Que
les femmes se taisent, bien sûr. La solution classique pour protéger les réputations.
Si les femmes sont agressées dans la famille, elles doivent se taire pour le
bien de la famille. Et maintenant, lorsqu’elles sont agressées à l’école, elles
devraient se taire pour protéger l’école. Après ça, on nous dit qu’on n’a pas
besoin d’interdire les initiations parce qu’on mise sur des campagnes qui
incitent les femmes à prendre la parole…
6) On ne peut pas juger, on n’était pas
là
La
sacrosainte présomption d’innocence! Puisque je n’étais pas aux initiations de
l’Université de Montréal, je ne peux pas en juger. Je dois croire sur parole la
femme qui me dit qu’elle ne s’est pas
sentie agressée pendant les initiations. Mais attention : il ne faut pas
croire les femmes qui y étaient et qui dénoncent ce qui s’est passé – elles ne
cherchent qu’à créer des problèmes pour leur université.
La morale
de l’histoire : la parole des femmes n’est jamais assez. Les activistes
qui travaillent sur le thème du viol l’ont compris depuis le temps. Peu importe
ce que fait une femme avant, pendant, ou après son viol (ou son humiliation
pendant une initiation), elle n’est jamais assez crédible. Même avec des
témoins. Même avec des caméras. On ne peut tout simplement pas se fier aux
femmes, et encore moins aux féministes. Elles sont trop susceptibles et passent
leur temps à exagérer.
Le plus
ironique dans tout ça, c’est que les mêmes personnes qui nous disent qu’on ne
peut pas juger de ce qui s’est passé sans avoir été présentes nous affirment
aussi que « c’est pire ailleurs » – où elles n’étaient pas! Ou alors,
il faudrait qu’elles m’expliquent comment elles se dédoublent, cela me serait
bien utile pendant mes études…
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Vous aimerez aussi "Cinq questions pour comprendre la culture du viol"
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Comment la garde partagée appauvrit les mères
Cet article est le quatrième d'une série d'articles sur les droits des pères et la garde partagée.
Il semble que les questions financières
liées au divorce ou à la séparation soient presque tabous. Malgré que les hommes s’enrichissent quasi-systématiquement au divorce alors
que les femmes et les enfants s’appauvrissent, il existe un mythe selon lequel
les femmes « volent » leur mari ou « gagnent le gros lot »
lorsqu’elles se séparent. C’est, bien sûr, ridicule en plus d’être
faux : comment est-ce qu’une femme obtenant ce à quoi elle a droit d’après
la loi pourrait-elle « voler » son mari? Est-ce que le.a salarié.e
qui est payé.e pour son travail conformément à son contrat « vole »
sontemployeur.euse?
De toute façon, la réalité empirique est
clairement à l’effet que les mères obtiennent des pensions alimentaires très
basses, et d’ailleurs les gens ont tendance à confondre la pension à la mère et
la pension à l’enfant. Au Québec, les femmes non mariées qui se séparent
n’obtiennent pas de pension, et les couples non mariés forment la grande majorité des ménages. Par contre,
les parents ont le devoir de s’occuper financièrement de leur enfant, et cette
obligation ne prend pas fin à la séparation. Ainsi, puisque c’est souvent la
mère qui s’occupe de l’enfant après la séparation, elles sont susceptibles
d’administrer pour l’enfant la
pension versée par le père.
Maintenant que cela est clarifié, quel est
le rapport avec la garde partagée? La garde partagée diminue la
pension alimentaire versée par le père à l’enfant. En effet, la pension tient
compte de différents facteurs, dont les revenus des parents, mais aussi le
partage de la garde. Le père qui héberge son enfant une semaine sur deux est
considéré comme ayant rempli une bonne partie de ses obligations, ce qui n’est
pas le cas du père qui n’a que des droits de visites. L’impact de la garde
partagée sur le montant de la pension est particulièrement important au Québec,
par contraste avec le reste du Canada. Il varie cependant selon les juges puisque la Cour suprême n’a pas proposé de formule mécanique (Martha Shaffer et Nicholas Bala, "Developments in Family Law: The 2005-2007 Term" (2005), 38 Supreme Court Law Review 405).
Cela peut paraitre logique que la pension
soit réduite si chaque parent s’occupe également de l’enfant. Après tout, la
pension est alimentaire, et la garde
partagée signifie que les parents nourrissent
l’enfant tour à tour. Cependant, une telle conception cache une
mécompréhension de la fonction de la pension alimentaire.
D’abord, la pension alimentaire ne couvre
pas seulement la nourriture, mais également les coûts liés au logement, à
l’éducation et aux autres besoins de l’enfant. Ensuite, la garde partagée ne
réduit presque pas les coûts associés aux soins des enfants. Prenons la
perspective de la mère qui a un.e enfant d’âge scolaire. Elle doit, tout d’abord,
obtenir un appartement avec une chambre pour l’enfant, ce qui coûte cher. Elle
doit en plus trouver un logement proche de l’école, ce qui augmente encore les
coûts (ne serait-ce qu’en diminuant ses choix). Plus encore, il lui faut avoir
un emploi qui lui permette d’être assez proche et disponible pour pouvoir aller
déposer et chercher l’enfant à l’école, tous les jours. Cela limite ses
opportunités d’emplois, ce qu’on peut encore une fois traduire en coûts. Tous
ces coûts sont considérables, et, surtout, ils ne sont réduits en rien par la
garde partagée. La garde partagée diminue un peu le prix de l’épicerie, et
peut-être un peu également la quantité de vêtements à acheter. Mais tous les
gros coûts de la parentalité demeurent. Ainsi, la garde partagée ne change pas
les coûts que doit assumer la mère, tout en diminuant radicalement l’argent
qu’elle reçoit pour l’aider à assumer ces coûts. Conclusion : la garde
partagée appauvrit la mère, ainsi que l’enfant. Étant données les inégalités
économiques de genre persistantes dans notre société, le père, qui vraisemblablement n’a pas pris
de congé parental, est surpayé de 25%, et dont la carrière a toujours été
priorisée par le couple, n’aura quant à lui probablement pas de difficulté à
assumer les coûts supplémentaires associés au fait d’avoir une chambre pour
l’enfant chez lui.
Cette analyse économique est bien sûr très
simplifiée. Elle s’applique particulièrement aux pères riches, susceptibles de
payer une pension (plus) importante si la mère a la garde. Les pères plus
démunis, moins susceptibles de devoir payer une pension, sont d’ailleurs
également beaucoup moins nombreux à demander la garde partagée. Dans leur cas,
la garde partagée les appauvrirait plutôt que de les enrichir. Je ne veux pas
ici proposer que tous les pères qui demandent ou pas la garde le font pour des
raisons purement financières; cependant, les conséquences économiques du
partage de la garde ne peuvent pas être évacués de l’analyse.
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Description: photo d'un homme avec les bras écartés et le regard
vers le plafond. Une pluie de billets de banque lui tombe dessus. |
Cela est d’ailleurs confirmé par une étude
des discours masculinistes sur la garde. Au début de leur activisme moderne en
matière de droit de la famille, les masculinistes s’opposaient farouchement aux
pensions alimentaires, pour protéger les privilèges économiques des hommes. Or,
avec le temps, ces revendications – plutôt contre l’enfant que contre la mère –
sont devenues très impopulaires. Les masculinistes ont donc transformé leur
discours en mettant l’emphase sur la garde partagée. La conséquence économique
est la même (une pension moins élevée), mais la revendication est plus facile à faire accepter dans une
société qui valorise l’intérêt de l’enfant. Hélène Nicolas a d'ailleurs vérifié cette hypothèse en observant que les groupes de pères masculinistes n'admettent généralement que des pères riches qui ont les mêmes intérêts économiques. Pour eux, la garde partagée, bien que présentée sous l’angle
émotif, est également un gain financier important. (Hélène Nicolas: "'L'argent n'est pas un problème!' Perception et ambigüité de la prise en charge financière des enfants au sein de groupes de pères séparés en France et au Québec", présentation donnée dans le cadre du CIRFF 2016, Montréal).
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