Ce débat va tuer le féminisme: peut-on passer à autre chose?
Il y a des sujets de débat dans le
féminisme qui ne seront peut-être jamais résolus. Cela fait des années qu’on en
parle, les camps sont de plus en plus retranchés, et le consensus semble tout
simplement impossible. Le voile, l’inclusion des femmes trans, la prostitution :
ces débats nous déchirent à un point où on est parfois découragées de se parler
entre nous, on n’arrive plus à rien d’autre qu’à se détester un peu plus. Mais ces débats sont fondamentaux. Des
personnes qui croient sincèrement que la prostitution est une violence sexuelle,
comme celles qui pensent que cette position met les travailleuses du sexe en
danger, n’abandonneront pas la lutte : l’enjeu est trop grand. Ces débats
recèlent des questions de vie ou de mort. Autant j’aimerais les voir résolus
(en faveur de ma position), autant je conçois que personne ne soit prête à
lâcher le morceau. Ces déchirures sont dommage mais nécessaires – il faut se
désolidariser d’opinions féministes qui vont à l’encontre de nos valeurs d’égalité.
MAIS : il y a un foutu débat qui ne nous lâche pas, et qui est tellement
stérile que si je cesse un jour d’être féministe, ce sera de sa faute. L’inclusion
des hommes.
Sérieusement,
il semble que 50% de notre énergie de mobilisation soit gaspillée à décider si
les hommes devraient ou pas être admis à l’événement. J’ai un scoop pour vous
toutes : la plupart des hommes se contre-foutent de nos événements. Les hommes qui nous crachent des insultes et nous balancent des
menaces lorsqu’on recherche la non-mixité ne sont pas nos alliés (oui, il y a
des hommes « féministes » – par dizaines – qui trollent nos événements et nous harcèlent violemment parce qu’on
les empêche de montrer à quel point, pour reprendre l’expression de Donald
Trump, ils respectent les femmes). Les quelques autres qui restent devraient
respecter nos choix. Ce n’est pas comme si les événements mixtes manquaient
dans notre société.
J’ai été dans des événements féministes
mixtes. La plupart le sont. Ouvrez les yeux : les hommes ne s’y trouvent
pas. Dans une salle de trente personnes pour tout événement féministe, je
prédis qu’il n’y a qu’un ou deux hommes. Tout ce cirque pour un ou deux
hommes?!
Aux femmes qui croient encore que la
non-mixité d’un petit événement isolé une fois de temps en temps marquera la
fin du féminisme, parce qu’il faut reconnaitre que les hommes vont mettre fin
au patriarcat (ce qu’on attend toujours…) : revenez-en. Vous n’aimez pas manifester en non-mixité?
Allez à une autre manifestation. Encore mieux : organisez votre propre
manifestation – les féministes radicales seront là pour vous soutenir. Dans
le temps que nous aurons passé à se sauter à la gorge en débattant de si les
hommes devraient y être admis, nous aurions pu en organiser deux. A m’ment d’nné, ça va faire, comme on
dit en bon québécois.
Je me suis impliquée pendant trois ans pour
une revue juridique par et pour les femmes. À tous les six mois, la discussion
revenait : ne devrait-on pas s’ouvrir aux hommes? Il existe des centaines
de revues mixtes : pourquoi une femme choisit-elle de s’impliquer dans LA revue non mixte de l’école si c’est
pour en faire une revue mixte? Je n’ai jamais compris.
Je
pense qu’il est grand temps de vivre et laisser vivre en matière de mixité. Beaucoup de femmes ont toutes sortes de bonnes raisons de vouloir
éviter les hommes, ne serait-ce que de temps en temps. Parmi celles-ci, on
compte des dizaines de mauvaises expériences où des hommes soi-disant
féministes leur ont mecspliqué, ont pris trop de place, les ont interrompues,
ou même les ont violentées. Des fois, on a besoin d’un break.
Les femmes qui désirent la mixité n’ont souvent
pas eu ces expériences – tant mieux pour elles. Mais ne peuvent-elles pas faire
preuve d’un peu de compassion? Quant aux événements mixtes, ils auront toujours
lieu, et seront l’endroit rêvé pour tous ces hommes proféministes qui,
paraît-il, n’attendent qu’une porte ouverte pour se manifester par milliers. Que
chacune organise l’événement dont elle a besoin.
Maintenant : peut-on, je vous en
supplie, passer à autre chose?
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