Le vrai problème de Trump – et pourquoi personne n’en parle
![]() |
[Description d'image: dessin d'un homme
en sueur hésitant entre deux options contradictoires: "That's just how guys talk" et "Not all men"] |
Quelle est véritablement la nouvelle de la semaine? En
parcourant les titres des journaux la relayant, on trouve « Enregistrementde Trump ayant une conversation obscène sur les femmes en 2005 »,
« Donald Trump dans la tourmente après la révélation d'anciens propos machistes », et des titres du genre. Vous
aurez peut-être remarqué que j’ai écrit plus haut que Trump a été confronté sur ses propos. Qu’est-ce que cela
signifie? La nouvelle n’est pas « Enregistrement de Trump admettant avoir
agressé sexuellement des femmes », ou « Trump dans la tourmente après
la révélation qu’il est un violeur ». Ce qui importe, ce ne sont pas ses
actions, mais ses paroles. Son crime n’est pas d’avoir violé des femmes (il n’y
a rien là!), mais d’avoir été surpris donnant le mauvais discours.
En affirmant que tous les hommes parlent
comme ça, les fans de Trump s’étant portés à sa rescousse omettent également d’adresser
le réel problème. Veulent-ils dire que tous les hommes se vantent d’avoir
violé, parce qu’ils sont tous des violeurs? Cela serait en contradiction
directe avec #NotAllMen. Pour éviter toute réelle conversation sur la violence
sexuelle, ils recentrent le débat sur la « façon de parler » de
Trump, de telle sorte que la nouvelle soit sa maladresse plutôt que ses viols. On
pardonne plus facilement un homme qui tient des propos sexistes qu’un homme qui
viole (quoique…).
La
gauche participe à l’invisibilisation des viols de Trump
Malheureusement, même les personnes qui
dénoncent Trump et les féministes de mon entourage participent à effacer ses
viols du débat en limitant la conversation aux paroles de Trump. Par exemple, une critique antiraciste circulant sur les réseaux
sociaux dénonce le fait que des propos dégradants envers les femmes (blanches)
choquent plus que tous les propos racistes que Trump a tenus dans le passé. Je
comprends la frustration face au racisme omniprésent dans cette campagne
électorale. Cependant, en faisant cette comparaison, on n’est pas réellement en
train de comparer des propos sexistes avec des propos racistes, mais bien des
agressions sexuelles avec des propos racistes. Malgré des intentions louables,
cela participe à la culture du viol. En avançant que les Républicain.e.s ont tort
de juger ce scandale plus durement que d’autres choses horribles que Trump a dites
dans le passé, on affirme que le crime impopulaire n’est pas de violer mais de
ne pas être « politiquement correct ». Il semble surréel de devoir rappeler
que Trump a tenu des propos sexistes dans le passé (voir cet échantillon).
La goutte qui fait déborder le vase devrait très clairement être identifiée
comme une confession de viol.
Traiter les Mexicains de violeurs est incroyablement raciste. Mais être traité de violeur et être violée ne sont pas la même chose. Il y a beaucoup à dire sur le racisme du Parti républicain, mais n'allons pas dire qu'il se préoccupe des femmes - même blanches.
Tout
pour ne pas croire que les hommes violent
Les révélations de cette semaine n’auraient
en réalité dû surprendre personne. Des accusations de viol ont déjà été faites
contre Trump – quelque chose qui est « comme par hasard » passé sous
le radar des médias… Par ailleurs, la misogynie de Trump, couplée à ses
comportements violents ,rend l’hypothèse d’un Trump soucieux du consentement sexuel
des femmes plutôt risible. Si on était honnêtes et lucides, on saurait depuis
longtemps que Trump est un agresseur sexuel.
Mais ce n’est pas comme ça que ça marche
sous la culture du viol. Dans la culture du viol, on ne croit jamais les femmes. Les hommes sont au
plus des violeurs « allégués ». Une plainte pour viol ne veut rien
dire, puisqu’on présume les hommes innocents et les femmes menteuses.
Et qu’arrive-t-il quand les hommes admettent
être des violeurs? Même là, on ne veut pas y croire. Les paroles de Trump font
une meilleure nouvelle que ses actions, parce qu’on peut entendre l’enregistrement.
Même si la majorité des gens ne l’écoutent pas, le fait qu’on sache qu’un enregistrement
existe quelque part nous rassure. On n’a pas encore de vidéo de Trump violant
une femme : alors, même s’il affirme violer, on lui donne le bénéfice du
doute. Cela montre bien à quel point on refuse de croire au viol.
Un problème
plus large
Le problème ne se limite pas à Trump.
Toujours, dans les médias, la violence faite aux femmes est ignorée au profit
des « paroles ». Les médias de masse titrent régulièrement « des
propos jugés sexistes » ou « X
accusé de misogynie ». On n’est
quand même pas pour rapporter le sexisme dans nos journaux – on préfère
rapporter les plaintes de femmes pleurnichardes. Lorsque, il y a quelques mois,
une Montréalaise a subi une tentative de viol au festival Osheaga, j’avais fait
remarqué que les médias titraient avec obstination qu’une festivalière « accusait »
Osheaga, plutôt que de rapporter tout simplement que des violences sexuelles y
avaient court. On ne retrouve pas ces tics journalistiques dans tous les
domaines. Ce sont particulièrement les actions violentes envers les femmes qui
sont bannies des nouvelles.
La
vérité est que le viol n’est pas important
Trump n’est pas le premier politicien à
avoir violé. Il est clair que « respecter les femmes » n’est pas un
prérequis à la vie politique, même lorsqu’on le comprend dans son sens le plus
basique de « ne pas les violer ». On a pu voir lors du débat
électoral. Malgré l’effort de l’animateur pour faire dire à Trump qu’il n’avait
pas violé de femmes (il lui a mis les mots dans la bouche plus d’une fois), le
politicien n’a pas senti le besoin de nier ses viols.
Lorsque confronté sur ses paroles, Trump
lance d’abord “I didn’t say that at all, I don’t think you understood what was
said” (« Je n’ai pas dit ça du tout, je pense que vous n’avez pas compris
ce qui a été dit »). Tout de suite, on est dans le sémantique, le débat
sur les mots et pas sur les actions. Il devient clair que Trump est accusé d’avoir
tenu des paroles inappropriées lorsqu’il continue en s’excusant à sa famille et
aux États-Uniens – et non pas aux femmes agressées. Il a honte de ses paroles,
mais pas de ses gestes. Bref, les hommes peuvent violer, en autant qu’ils en
parlent comme il faut.
Ce qui est encore plus évident est que
Trump ne considère pas que la question de son statut de violeur mérite même la
moindre considération. Il aurait été facile de dire : « je
plaisantais, je ne ferais jamais ça ». Mais ce n’est pas ce qu’il fait. Il
embarque aussitôt dans une description de notre monde où « ISIS coupe des
têtes ». Il ne fait pas initialement l’effort d’expliciter le lien entre
la question qui lui est posée et son soliloque sur ISIS et les frontières, mais
il est clair qu’il veut parler des choses vraiment importantes (des « vraies
affaires », comme on dit au Québec), et non pas de détails insignifiants
comme le viol. Il dit textuellement : “We should get on to much more
important things, and bigger things” (« on devrait passer à des choses
bien plus importantes, de plus grandes choses »). Non seulement violer n’est
pas un problème, mais il ne vaut même pas la peine d’avoir une conversation
pour se demander si c’est un problème. Autant discuter de sa marque de crème
solaire.
Jamais les hommes n’admettent qu’ils sont
des violeurs – on s’entend que demander franchement à Trump s’il a agressé des
femmes ne risque pas d’amener une confession. On aurait quand même pu s’attendre
à ce qu’il prenne le temps de nier l’accusation. Après la troisième fois où l’animateur
le prie de lui répondre clairement « just
for the record », Donald Trump consacre à la question une demi-seconde
au milieu d’une phrase (avec une petite voix des moins convaincantes) : “And
I will tell you – No I have not – I will tell you that I’m gonna make our
country safe, we’re gonna have borders” (« Et je vais vous dire – Non je
ne l’ai pas fait – I vais vous dire que je vais rendre notre pays sécuritaire,
nous aurons des frontières »).
Il est décevant qu’en politique la « sécurité
du pays » n’inclue pas celle des femmes. Mais il est terrifiant qu’un
candidat présidentiel n’ait même pas besoin de nier être un violeur pour
obtenir les votes de la moitié du pays.
Arrêtons de faire des « paroles »
de Donald Trump la nouvelle et concentrons-nous sur ses actions. Donald Trump a
admis avoir violé des femmes. Si on avait vraiment pris la peine de comprendre
ce que cela veut-dire, peut-être aurait-on pu lui poser les vraies questions
lors du débat, par exemple : « Si vous êtes élu, vous serez
probablement l’homme le plus puissant du monde. Le viol est un crime de
pouvoir. Comment pouvez-vous demander à l’électorat de vous faire confiance
pour ne pas abuser de ce pouvoir pour violer des femmes? ». Mais le droit
de cuissage des hommes puissants, ce ne sont pas des « affaires
importantes ». On préfère demander à Trump de « justifier ses propos ».
J’ai une mauvaise nouvelles pour vous
tou.te.s : fermer les yeux ne fait pas disparaitre le viol.
Si vous avez aimé cet article, vous pouvez le partager et aimer la page Facebook de ce blogue pour le soutenir.
Vous aimerez aussi mon article La gauche rejette Hillary Clinton? Je rejette le sexisme

