Ces journalistes qui devraient changer de métier...
Ce texte a été publié dans le numéro de mars du journal Le Couac. Procurez-vous auprès de vendeurs/eures de journaux au Québec, abonnez-vous et aimez notre page Facebook!
La carrière
de journaliste est-elle faite pour vous? Testez-vous en répondant à ces trois
questions simples!
1.
Avez-vous
peur des mots?
Un.e
journaliste qui a peur des mots, c’est aussi utile qu’une pompière qui a peur
du feu ou qu’un enseignant qui perd connaissance à la vue d’une craie. Comment
déceler cette phobie avant la tragique faillite? Soyez attenti.ves.fs aux
symptômes, dont l’utilisation abusive de guillemets.
L’utilisation
de guillemets anglais dans un texte en français, je la pardonne de bon cœur. Il
faut bien pouvoir reconnaitre un mauvais journal. Mais les guillemets autour de
« viol », comme si les prostituées ne pouvaient pas vraiment être violées, est sexiste en
plus d’être ridicule.
La surguillemetisation est une affection
courante chez les journalistes qui ont peur du Grand Méchant Féminisme. Je les
appelle affectueusement les « Oh-non-pas-encore-le-sexisme/féminisme-aux-nouvelles ».
Elles et ils sont spécialistes du
« Ça-ne-paraitra-pas-que-je-n’y-connais-rien », et écrivent des
« je-suis-payé-pour-raconter-mais-j’ai-peur-de-le-faire ».
Ces foutus guillemets sont utilisés
pour se distancier du propos et montrer que l’autrice ou l’auteur ne croit pas
vraiment ce qu’elle ou il écrit. Déguisé en apparence de discours rapporté se
cache le machiste poltron qui craint le déclenchement prématuré de l’apocalypse
par l’apparition du féminisme aux nouvelles. Vous ne me croyez pas? Voyez
plutôt :
2.
Connaissez-vous le sens des
mots?
Les bébés apprennent à ne pas avoir
peur de l’eau : l’étape suivante est de savoir nager. De même, les
journalistes qui ne connaissent pas le sens de mots courants de notre chère
langue française ont pris la mauvaise voie, ou la mauvaise voix. De grâce, si
c’est votre cas, considérez un autre métier, ou au moins une autre langue!
Permettez-moi un exemple : le
mois de janvier nous a apporté une nouvelle qui – pour une raison qui, je
l’avoue, m’échappe – a suscité l’engouement des journalistes. Un homme ivre
s’est masturbé avec un bonhomme de neige, avec les conséquences qu’on imagine
aisément (si vous voulez mon avis, il n’avait pas que le membre de gelé…).
Trouvez l’erreur dans ces titres brillants de différents quotidiens :
Curieux, n’est-ce pas? On parle ici de
la même profession qui, lorsqu’elle relate un viol subi par une femme, remplace
« agression sexuelle » par « incident », et va même jusqu’à
dire qu’une femme « s’est fait » violer. Jamais on ne voit une formulation
à la fois active et précise. Pourtant, quand il s’agit de la
« dignité » du bonhomme de neige, les journalistes semblent oublier
qu’il ne peut ni consentir ni être violé, et qu’il s’agit ni plus ni moins
d’une histoire de (mauvaise idée de) masturbation. On pourrait presque croire que
la neige a plus d’importance que les femmes… Il est vrai tout de même qu’il
s’agit d’un « bonhomme » et non d’une « bonnefemme » de
neige…
3.
Avez-vous au moins une petite
trace de sens moral?
À ce niveau de perversité, je ne sais
plus s’il faut parler de moralité ou simplement de « gros bon sens ».
Toujours est-il que s’il pourrait vous venir à l’idée de parler d’un violeur
comme d’un « homme qui aime les femmes » ou d’un
« libertin », abstenez-vous d’écrire. Et, de grâce, abstenez-vous
d’aimer.
Vous avez passé le test?
Félicitations, la
carrière de journaliste pourrait être pour vous! Armez-vous d’un crayon et
bienvenue dans les rangs!
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