Procès Ghomeshi: arrêtons de nous raconter des histoires
| Photo de Jian Ghomeshi (cbc.ca) |
Le verdict vient de tomber : Jian Ghomeshi, le violeur
qui a fait la une depuis plusieurs mois, a été acquitté de toutes les
accusations portées contre lui. On s’y attendait, mais ça fait mal quand même.
Encore une fois, on nous rappelle que le système de justice criminelle n’est
pas fait pour protéger les femmes. Encore une fois, on nous rappelle que l’impunité
des violeurs est là pour rester. Qu’importe qu’une femme n’ait rien à gagner (à
part de se faire salir dans les journaux pendant des mois, être découpée vive
au procès, être insultée dans les soupers de famille, et perdre leur précieux temps
en cour) à porter des fausses accusations contre un homme. Qu’importe que de
nombreuses femmes témoignent d’un même pattern
de violences sexuelles envers elles. Si elles ne correspondent pas au
stéréotype (de toutes pièces fantasmé par des hommes qui n’ont pas l’expérience
d’avoir été violés) de la victime de viol, son vécu n’est pas assez important.
Ce n’est pas que Ghomeshi est innocent, c’est que ses victimes n’ont pas livré
le bon spectacle.
La nouvelle est dure à prendre pour les féministes qui
luttent contre la culture du viol. Parce que le commun des mortel.le.s ne
comprend pas bien la distinction entre « être acquitté » et « ne
pas être coupable », cette défaite sera la victoire des militants
antiféministes. Alors, forcément, on essaie de se remonter le moral.
Déjà, les femmes commencent à rationnaliser sur les réseaux
sociaux. « L’important, c’est que cette affaire ait amené une discussion
sur la culture du viol. » « Au moins, on a brisé le silence avec
#BeenRapedNeverReported. » « L’essentiel c’est de se rappeler que
#OnVousCroit. » « Ce n’est pas un cas représentatif. »
Mais non. Juste, non.
Ça n’existe pas, #OnVousCroit. Il n’y a aucune victoire qui
ressort de cette affaire sordide. La société ne croit pas les victimes d’agression
sexuelle. Elle ne condamne pas les agresseurs. La culture du viol se porte
toujours aussi bien.
Il faut arrêter de rationnaliser les violences qu’on nous
impose. Arrêtons deux secondes de « voir le bon côté des choses ». Le
jugement n’a que quelques minutes : laissons-nous le temps d’être en
colère. Crier. Rager. Peut-être parce qu’on nous a trop traitées d’hystériques
et de déraisonnables, on se dépêche de trouver notre calme, d’arriver au
compromis. Exigeons plus. Exigeons mieux. Et exigeons-le maintenant.
Les femmes n’ont jamais rien obtenu parce qu’elles l’ont demandé
gentiment. Les femmes ne peuvent pas négocier avec les hommes si elles ont déjà
négocié avec elles-mêmes pour ramener à la baisse leurs attentes. Nous méritons
d’être crues, véritablement, d’être protégées, d’être reconnues.
Qu’est-ce que ça va prendre pour nous faire perdre notre
calme?
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