Cinq questions pour comprendre la parité
1)
Qu’est-ce que la parité ?
On
appelle « parité » la situation d’un groupe où les femmes sont
représentées de façon juste. On applique le plus
souvent le concept de parité à des groupes en position de pouvoir, bien qu’il
puisse permettre d’évaluer n’importe quel groupe ou liste. Plus précisément, on
utilise généralement l’un de ces trois critères :
·
Entre 40 et 60% de femmes, ce qu’on
appelle la « zone de parité ».
Une critique possible de ce barème est que, si on impose la zone de parité, il est fort
probable que la plupart des groupes se contentent d’un 40% de femmes pour 60%
d’hommes, ce qui demeure un écart significatif.
·
Exactement 50% de femmes, ce qui donne
généralement de meilleurs résultats que le 40-60%. Une critique demeure
cependant, puisque cela empêche de former des groupes majoritairement composés
de femmes, voire des groupes exclusivement féminins qui peuvent être adéquats ou même nécessaires
dans certaines circonstances (par exemple, pour un groupe représentant des
infirmières(ers) ou des sages-femmes, ou alors à la direction d’un centre pour
femmes victimes de violence).
·
Au moins 50% de femmes, ce qui permet
des groupes majoritairement ou exclusivement féminins mais exclut les boys’ club. C’est la définition que
j’utilise. Bien qu’on pourrait porter à croire que cela désavantage les hommes,
il faut comprendre trois choses:
o
1 : Dans la société
actuelle, il n’y a pas de surreprésentation et de contrôle quasi-exclusif des
femmes dans les médias, la politique, l’économie ou tout autre lieu de pouvoir.
Les hommes n’ont pas besoin d’être protégés par une mesure de parité puisqu’une
« domination féminine » des institutions est très improbable.
o
2 : Même si l’on se
retrouve effectivement face à des groupes majoritairement féminins, ils ne sont
pas problématiques puisqu’ils ne résultent pas d’une domination sociale et ne perpétuent pas un système
oppressif millénaire.
o
3 : Dans certains
contextes, un groupe exclusivement féminin peut être nécessaire, par exemple pour
diriger le mouvement féministe. S’ils existent, les groupes qui sont justifiés
d’être exclusivement masculins sont beaucoup plus rares.
Notez que ces définitions n’empêchent pas
la présence de personnes de genre autre que masculin au féminin, en autant
qu’il y ait 40, 50 ou au moins 50% de femmes. Il est également possible de
formuler ces barèmes « à l’envers », et de parler de maximum 60,
exactement 50 ou maximum 50% d’hommes. Les personnes non binaires sont alors
comptées avec les femmes comme représentant les genres marginalisés.
| Source: http://www.rse-magazine.com/photo/art/default/4134886-6277562.jpg?v=1335533318 |
[Description d'image: découpage de style ribambelle de quatre silhouettes stéréotypiquement masculines ou féminines, en alternance. En raison de leurs jambes écartées, les bonhommes bleus représentant les hommes prennent quand même plus de place que les femmes....]
2)
Quels sont les bénéfices de la
parité ?
La parité a d’innombrables bénéfices, dont
voici seulement quelques exemples :
·
Pour les femmes, la
parité :
o
Permet d’accéder à un poste
convoité qui aurait sinon été difficile d’accès pour une femme
o
Permet de réduire la division
sexuelle du travail qui attribue aux femmes les tâches moins rémunérées et
valorisées
o
Permet de réduire l’influence
du patriarcat en accordant plus de pouvoir collectif aux femmes
o
Permet aux femmes d’être en nombre
suffisant (qu’on appelle « masse critique ») pour apporter des
changements dans l’organisation et être suffisamment à l’aise pour partager
leurs idées (une seule femme dans une salle pleine d’homme ne risque pas de
s’exprimer)
o
Permet de pulvériser le plafond
de verre (vous savez, ce problème « insoluble » depuis des siècles ?)
o Permet de modifier l’imaginaire populaire et la manière dont on se représente les personnes en position de pouvoir
o
Permet de réduire les
inégalités économiques de genre qui ont mille et une conséquences dans tous les
aspects de la vie des femmes (y compris la violence conjugale)
·
Pour le groupe, la
parité :
o
Permet une plus grande mixité,
ce qui peut être considéré comme un bénéfice en soi
o
Permet de bénéficier des
personnes réellement les plus compétentes, plutôt que d’avoir des hommes moins
compétents mais favorisés par les systèmes formels et informels de recrutement
o
Permet, selon certaines études,
une plus grande productivité, plus de créativité, et, globalement, de meilleurs
résultats
o
Permet à l’entreprise de
bénéficier des changements qu’apportent souvent les femmes dans un milieu de
travail, par exemple des horaires de travail plus sains, des conditions plus
sécuritaires, des congés parentaux, etc.
Avouez : vous commencez à vous
demander, vous aussi, comment on peut être contre quelque chose d’aussi
magique? (Réponse en un mot : sexisme)
3)
Parité et quotas sont-ils des synonymes
?
Non. La parité est descriptive : un
groupe est paritaire ou il ne l’est pas. Les quotas sont quant à eux une mesure
qui peut être adoptée pour mettre en place cette parité – il s’agit donc d’une
action ou d’un outil. Il est donc
possible d’avoir la parité sans avoir de quotas. Par exemple, les
étudiant.e.s en droit au Québec forment un groupe paritaire, sans
que des quotas ne soient utilisés dans le processus d’admission.
Cependant,
il est souvent nécessaire d’utiliser des quotas pour arriver à la parité dans
des lieux de pouvoir ou de prestige. Certaines
personnes s’entêtent à affirmer que les quotas ne sont pas nécessaires puisque
les femmes investiront « naturellement » les lieux de pouvoirs et que
le changement doit se faire progressivement. Nouvelle choc : on est en
2016 et la parité ne s’est pas encore réalisée. La parité
« naturelle » peut prendre des siècles à se réaliser, alors que
l’emploi de quotas est une mesure quasi-instantanée. Par exemple, si l’on
compare les partis politiques qui se disent ouverts aux femmes à ceux qui ont
instauré des mesures de parité stricte par des quotas, on voit bien que les
quotas sont infiniment plus efficaces.
4)
Parité et discrimination
positive sont-ils synonymes ?
Comme pour les quotas, on confond souvent
la discrimination positive avec la parité, alors qu’il ne s’agit encore une
fois que d’une manière possible de réaliser la parité. La discrimination
positive consiste à préférer la
candidature féminine lorsqu’une candidate et un candidat ont exactement le même
niveau de compétences (contrairement aux dires masculinistes, la discrimination positive ne diminue donc pas la compétence. Je vais
le répéter un peu plus fort pour les jeunes libéraux dans le fond de la salle : LA
DISCRIMINATION POSITIVE NE DIMINUE PAS LA COMPÉTENCE. Merci). Notons qu’on peut
également appliquer la discrimination positive dans d’autres contextes,
notamment pour l’évaluation de la candidature d’une personne racisée face à une
personne blanche.
La discrimination positive est souvent
critiquée comme étant injuste envers les personnes ne vivant pas d’oppression
(les pauvres!). Il s’agit cependant d’une mécompréhension du principe (d’accord,
parfois c’est aussi de la mauvaise foi). Étant donné notre société patriarcale,
nous avons tou-te-s tendance à favoriser les hommes par rapport aux femmes. Ainsi, dans l’extrême majorité des cas, un
homme et une femme de même compétence seront perçu-e-s comme étant de
compétences différentes, en raison d’un biais positif associé aux hommes. Par
déduction logique, lorsqu’une employeuse ou un employeur considère qu’un homme
et une femme sont exactement du même niveau de compétence, on peut être assuré-e-s
que la femme est en réalité plus compétente. Il est donc tout à fait juste
qu’elle obtienne le poste. La discrimination positive compense la
discrimination négative vécue par la femme, de manière à s’équilibrer à peu
près pour donner une processus égalitaire (certes, on est probablement loin de l’équilibre, mais c’est un pas dans
la bonne direction).
Même si vous vivez sous une roche et que
vous considérez que les gens ne sont pas biaisés par le patriarcat, la
discrimination positive est justifiée pour compenser le fait que les femmes ont
moins d’opportunités et plus d’embûches dans leur parcours professionnel
(exclusion des réseaux de type boys’ club,
prise en charge de davantage de tâches ménagères et de soins des enfants et des
aîné-e-s, moins de financement pour les programmes qui leur sont dédiés,
sous-rémunération, surmédicalisation, dévalorisation du travail féminin, et
mille et une autres choses).
5)
Est-ce que la parité nuit aux femmes
?
Une des critiques les plus classiques de la
parité est qu’elle nuirait aux femmes (il y a en effet une forte tendance à
accuser les féministes de nuire à leur propre cause, que l’on peut observer
concernant à peu près toutes les revendications et accomplissements
féministes). L’idée est que la femme qui a eu un poste en raison de quotas ou
d’une politique de discrimination positive ne se sentirait pas compétente et
pas légitime dans sa position, et qu’il en résulterait une angoisse qui serait
encore pire que de ne pas avoir l’emploi. Cette critique est infondée pour
plusieurs raisons :
·
L’employeur-euse ne va pas voir
une femme en lui disant : « si j’avais eu le droit de construire mon
milieu professionnel comme un club de golf, je ne t’aurais pas employée ».
Lorsque la parité est utilisée dans une perspective globale, il n’y a aucune
raison pour qu’une femme soit identifiée comme « celle qui ne serait pas
rentrée sinon ».
·
Les femmes vivent déjà le
« syndrome de l’imposteur » (qui diantre a eu l’idée de créer cette expression
au masculin?). Devrait-on revenir en arrière et empêcher les femmes de travailler
pour protéger leurs pauvres cœurs fragiles de cet atroce sentiment?
·
Plus sérieusement, la discrimination positive ou les quotas ne
font pas que corriger le problème de surreprésentation masculine – iels le
résolvent. De plusieurs façons, notamment en créant des mentores
potentielles, en permettant aux femmes de changer les cultures
institutionnelles par le nombre et en créant des modèles féminins dans
l’imaginaire populaire, la parité facilite l’intégration des femmes dans les
lieux de pouvoir. Ainsi, si l’on prenait la peine d’imposer des mesures de parité
impérative, il est fort probable qu’on n’en ait plus besoin d’ici peu de temps.
Même si c’était vrai que la parité mettait certaines femmes temporairement mal
à l’aise, cela ne durerait pas tout en ayant des effets bénéfiques profondément
transformateurs pour notre société.
·
Si des femmes se sentent mal
d’occuper un poste en raison d’une mesure de parité, c’est sans doute parce que
de nombreuses personnes continuent de présenter la discrimination positive ou
les quotas comme problématiques et nuisant à la compétence. Il est donc assez
circulaire de s’opposer à la parité parce que des femmes pourraient aussi avoir
une perception négative de la parité. Mieux vaut réaffirmer les bénéfices de la
parité et comprendre que les femmes qui obtiennent des positions soi-disant
« à cause » de la parité méritent entièrement leur place.
·
Et qu’en est-il des hommes qui
occupent des postes parce qu’ils sont favorisés par un système patriarcal et
par l’absence de parité? Je n’ai vu aucun président de compagnie, aucun député,
aucun administrateur démissionner de son poste parce que l’angoisse quant à son
niveau de compétence l’empêchait d’exercer son travail… Tiens, tiens…
6)
As-tu un bonus pour tes chères
lectrices et lecteurs?
Oui! J’aimerais qu’on arrête de dire que la
parité sert à résoudre la « sous-représentation des femmes » dans
différents milieux et lieux de pouvoir. Essayons de plutôt parler de la
« surreprésentation des hommes », qui pointe du doigt la facette masculine du problème. Il faut que les hommes prennent
leur responsabilité concernant cet enjeu. Lorsque des hommes acceptent de siéger
sur un comité masculin, de participer à une conférence masculine, de militer
dans un parti politique masculin, ils prennent la place d’une femme. La parité
est certes un problème systémique, mais cela ne signifie pas que les hommes ne
sont pas responsables individuellement. Changeons notre façon de parler pour
témoigner du fait que les hommes doivent faire leur part dans la lutte pour
l’égalité, et que cette part commence en renonçant à des privilèges fort
appréciables pour eux, mais souvent injustement acquis au détriment des femmes.
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