5 questions pour comprendre la culture du viol
Cet article est une introduction au concept
de la culture du viol. Si vous l’aimez, j’en rédigerai d'autres du même type sur différentes notions féministes, alors n’hésitez
pas à vous manifester!
La culture du viol est un phénomène qui génère énormément de controverse. Du côté féministe, une fois qu’on la comprend, il devient impossible de ne pas en voir les manifestations partout dans notre vie et dans la société. Du côté antiféministe, c’est l’ennemi juré numéro 1 – non pas la culture du viol, mais le fait qu’on la nomme. En effet, les masculinistes traduisent la culture du viol par « les féministes voient le viol partout », ou encore « les féministes croient que tous les hommes sont des violeurs ». Bien sûr, il est permis de croire que ceux qui s’indignent le plus fort sont eux-mêmes des violeurs…
Non seulement la culture du viol est-elle un concept fondamental pour comprendre le patriarcat, il s’agit donc aussi d’un excellent filtre pour démasquer les antiféministes et certains faux-féministes. Mais encore faut-il la comprendre. Voici donc les bases de la culture du viol.
La culture du viol est un phénomène qui génère énormément de controverse. Du côté féministe, une fois qu’on la comprend, il devient impossible de ne pas en voir les manifestations partout dans notre vie et dans la société. Du côté antiféministe, c’est l’ennemi juré numéro 1 – non pas la culture du viol, mais le fait qu’on la nomme. En effet, les masculinistes traduisent la culture du viol par « les féministes voient le viol partout », ou encore « les féministes croient que tous les hommes sont des violeurs ». Bien sûr, il est permis de croire que ceux qui s’indignent le plus fort sont eux-mêmes des violeurs…
Non seulement la culture du viol est-elle un concept fondamental pour comprendre le patriarcat, il s’agit donc aussi d’un excellent filtre pour démasquer les antiféministes et certains faux-féministes. Mais encore faut-il la comprendre. Voici donc les bases de la culture du viol.
1)
Qu’est-ce que la culture du
viol?
La culture du viol est un concept féministe
utilisé pour caractériser une société (la nôtre) où le viol, l’agression
sexuelle et le harcèlement sexuel sont banalisé.e.s, voire encouragé.e.s. Une
telle société crée un climat propice au contrôle du corps des femmes par les
hommes. Voici certains de ses présupposés et conséquences :
·
Le viol est fréquent et
banalisé, et ce, même si on prétend que le viol est un crime grave (double
discours)
·
Les victimes de viol sont
blâmées (victim blaming)
·
Les victimes de viol ne sont
pas crues
·
Les stéréotypes sur le viol
sont très présents
·
Le système exige des victimes
de viol qu’elles rapportent le crime, tout en leur fournissant un processus
hostile
·
Le viol est encouragé subtilement (ou pas) dans la culture populaire
·
Les violeurs sont glorifiés, ou du moins excusés (notamment, en raison de leur statut)
·
L’habillement et la
présentation des femmes et des petites filles est contrôlé
·
Un sentiment d’insécurité est
cultivé chez les femmes relativement aux inconnus et au monde extérieur (malgré
que 80% des agresseurs soient connus de leur victime)
·
Les femmes ont la
responsabilité de prévenir le viol
·
Beaucoup, beaucoup de personnes
ignorent ce que signifie le consentement
Lorsqu’on rencontre ce concept pour la
première fois, il peut être difficile de croire qu’on vit dans une société où
le viol est effectivement encouragé. Il est alors utile d’apprendre à reconnaitre
les manifestations concrètes de la culture du viol dans notre vie quotidienne.
2)
Comment la culture du viol se
manifeste-t-elle dans la vie de tous les jours?
Tous les jours, des femmes sont violées.
Bien que cela aille de soi, il ne faut pas oublier cette première manifestation de la culture du viol.
D’autres exemples :
Bien que cela aille de soi, il ne faut pas oublier cette première manifestation de la culture du viol.
D’autres exemples :
·
Les films romantiques
présentent la « quête » amoureuse d’un homme qui poursuit une femme
malgré son refus initial (harcèlement). Sa persévérance est qualifiée de romantique et
finalement récompensée lorsque la femme réalise qu’en réalité, c’est l’homme de sa vie (non veut dire oui)
·
Dans les films, on voit très
rarement le consentement des femmes être exprimé. Des centaines de films
présentent des scènes « romantiques » qui mettent en scène une
agression sexuelle, sans que le public ne s’en rende compte
·
Les livres Twilight et 50 nuances
de Grey (50 shades of Grey) sont
extrêmement populaires malgré que les personnages féminins principaux y vivent de la violence conjugale « romantique »
·
Bien que le viol soit un
problème colossal, la plupart des pays et provinces n’ont pas de programme
satisfaisant d’éducation sexuelle et au consentement dans les écoles (et de tels programmes font face à une forte opposition)
·
Lors des initiations
universitaires, les étudiant-e-s sont incité-e-s à crier des chansons qui
banalisent et tournent en blague le viol et la pédophilie
· Les femmes qui disent « non » sont accusées de mettre les hommes dans la friend zone
· La chanson de Noël « Baby it’s cold outside » est populaire
·
Des publicités sexistes
utilisent se servent du viol pour vendre [IMAGE]
·
Les femmes qui prennent la
parole sur internet, les journalistes et les activistes femmes sont constamment
menacées de viol
·
Le viol en prison est une
blague
·
Le vocabulaire utilisé pour
parler du viol blâme les victimes : par exemple, « se faire »
violer plutôt que « violer » ou « être violée »
·
Les auteurs de violences
sexuelles et conjugales sont dépeints comme des victimes dans les médias (voir cet article et cet article)
·
Parlez de viol ou de
harcèlement sexuel à une personne de votre entourage prise au hasard, et sa
première question concernera probablement l’habillement de la victime
3)
Pourquoi la culture du viol
est-elle sexiste?
Puisque le viol est majoritairement commis
par des hommes sur des femmes (environ 80%), les femmes sont les principales
victimes de la culture du viol. Par ailleurs, la culture du viol chevauche
d’autres produits dérivés du patriarcat, comme le salopage (slut shaming) – ils s’intensifient
mutuellement pour affecter même les femmes qui ne sont pas victimes de viol
dans de nombreux aspects de leur vie. Certaines conséquences de la culture du
viol affectent cependant également les hommes victimes de violences sexuelles.
La culture du viol est, en corolaire, un
privilège masculin. Les hommes n’aiment pas penser qu’ils en bénéficient,
surtout s’ils se perçoivent comme un « bon gars » qui ne commettrait
jamais un tel crime. Cependant, même sans violer, les hommes retirent des
avantages de la culture du viol :
·
La peur du viol influence
significativement le comportement des femmes, en les incitant à ne jamais
contrarier les hommes
·
La peur du viol garde les
femmes prisonnières de leurs maisons, ce qui octroie par défaut l’espace public
aux hommes (pour une description de la manière dont la peur du viol affecte la vide quotidienne des femmes, vous pouvez lire cet article - mon plus populaire!)
·
La culture du viol crée une
solidarité masculine qui assure aux hommes un fort soutien même s’ils se
comportent de façon inacceptable
·
La culture du viol pose des
obstacles à l’avancement professionnel, économique et politique des femmes, ce
qui maintient les hommes dans leur position privilégiée (contrôle des institutions
politiques, scolaires et juridiques, promotions et sur-rémunération,
etc.).
·
La culture du viol permet aux
hommes un grande latitude de comportements dominants dans une relation
amoureuse qui ne sont pas considérés socialement comme de la violence conjugale
4)
Comment puis-je combattre la
culture du viol?
Le plus important, pour combattre la
culture du viol, est de la comprendre et d’apprendre à reconnaitre ses
manifestations. Informez-vous! De nombreuses blogueuses
ont écrit sur la culture du viol : vous pouvez commencer par là.
Attention : il y a beaucoup de désinformation masculiniste sur le sujet,
il vaut mieux rechercher des articles sur des sites féministes.
Quelques pistes pour commencer :
·
Les articles que vous trouverez
sur des blogues et pages fiables comme Je suis féministe, les Hyènes en jupons et Je suis indestructible.
·
Mes articles en lien avec la
culture du viol, par exemple:
- Comment bien raconter un viol (critique théâtrale)
- Ces journalistes qui devraient changer de métier (sur le traitement médiatique des agressions sexuelles)
Il est notamment important de comprendre
comment la culture du viol interagit avec d’autres systèmes d’oppression comme
le racisme et le capacitisme.
![]() |
| Source: https://www.facebook.com/starchildstela/photos/a.253208748164308.1073741827.253204088164774/575733735911806/?type=3&theater |
[Description d'image: dessin de l'artiste Starchild Stella qui présente deux femmes devant lesquelles se trouve une bannière avec l'inscription "Je supporte les survivant.e.s". L'image est en couleurs pastel.]Une autre façon de lutter contre la culture du viol est de soutenir les survivantes d’agression sexuelle et d’adopter des postures et valeurs qu’on appelle « pro-survivantes » :
·
Croire les victimes sur parole,
par défaut, et ête à l'écoute de leurs besoins
·
Ne pas se porter à la défense
des hommes accusés de viol en brandissant la « présomption
d’innocence »
·
Ne pas faire des commentaires
ou poser des questions qui suggèrent la responsabilité de la victime, comme
« elle n’aurait pas dû boire autant » ou « qu’est-ce qu’elle
portait? »
·
Ne pas exiger des survivantes qu’elles racontent des détails de leur agression (à vous ou à la police)
·
Considérer que chaque agression
sexuelle est grave
Intégrez ces connaissances et ces valeurs
en paroles et actions :
·
Ne JAMAIS menacer une femme de
la violer
·
Éliminer de son vocabulaire les
expressions sexistes en lien avec le viol
·
Ne pas suivre ou donner
l’impression de suivre une femme dans la rue
·
Lorsqu’une femme dit
« non » (ou « je ne sais pas », ou « pas
vraiment »…), ne pas redemander et la laisser tranquille
·
Parler de culture du viol aux
hommes dans votre entourage
5)
Quel est l’alternative à la
culture du viol?
Pour faire obstacle à la culture du viol,
les féministes ont imaginé une culture du consentement, où le consentement est
valorisé. Dans une telle culture, il est primordial de s’assurer du
consentement d’une autre personne avant de la toucher. On comprend que le
consentement doit être continu, répété, clairement affirmé, et que la
communication est donc nécessaire entre deux partenaires. Par ailleurs, le
consentement ne concerne pas seulement l’activité sexuelle – mais ce sera pour
un autre article.
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