La gauche rejette Hillary Clinton? Je rejette le sexisme
| Source [Description: photo de Hillary Clinton ayant l'air exaspéré.] |
« Choisir
le moindre mal » (lesser of two
evils)
Je veux d’abord parler de cette phrase qui
est revenue d’innombrables fois depuis la nomination de Hillary Clinton, selon
laquelle la soutenir serait choisir le moindre mal – comme si ce n’était pas ce
que l’on faisait tous les jours. Bien sûr, tous ces hommes blancs qui brandissent
des idéaux trop puissants pour leur permettre de dire un seul mot positif de celle
qui sera peut-être la première présidente des États-Unis ne font jamais le
moindre compromis moral. Jamais ils n’ont consommé une barre de chocolat non
équitable. Jamais ils n’ont acheté les produits d’une compagnie moins
problématique qu’une autre. Et manifestement, jamais ils n’ont voté dans une
élection.
Ce que la gauche reproche à Clinton, en
gros, c’est de ne pas être révolutionnaire. De ne pas être, après toute une
carrière en politique, identique à une personne qui aurait passé sa vie dans l’activisme.
De ne pas proposer une plateforme correspondant à tous les niveaux à ce que
nous aurions rédigé. On dirait qu’il faut le rappeler : il n’y a rien de
nouveau ici. Un système principalement basé sur deux partis ne peut pas
produire des plateformes parfaites pour chaque individu.e de la société. L’idée
de base du parti politique, c’est de se rassembler avec les personnes qui ont
une idéologie assez semblable pour qu’il soit possible de travailler ensemble –
pas d’abolir toute différence d’opinion.
Et puis, qu’est-il arrivé à la gauche qui
jurait que la révolution ne passerait pas par le système électoral? Où est
passé le discours qui affirmait que, par sa nature, le système démocratique ne
pouvait pas accueillir tous les changements sociaux nécessaires - d’où la
nécessité de l’activisme au-delà des campagnes épisodiques? Toute personne qui
croit sincèrement que la sphère politique est condamnée au conservatisme, et
qui reproche à Clinton de ne pas satisfaire les plus hauts standards de
progressisme est littéralement en train de la tenir à un standard impossible.
Si je suis trop jeune pour avoir autre chose qu'une intuition que les campagnes présidentielles précédentes – y compris celle d’Obama
– n’étaient pas bloquées sur le thème du lesser
of two evils, je ne peux m’empêcher d’y voir du sexisme. Ce n’est pas
nouveau que les femmes soient tenues à la perfection, alors qu’on accepte
facilement les échecs des hommes (boys
will be boys, right?). Parce qu’elle est une femme, Clinton a attiré l’attention
des féministes – mais ce n’est pas une raison pour exiger d’elle une perfection
irréaliste dans le contexte politique états-unien. Entre les progressistes qui ont des standards élevés de perfection morale, et les conservateurs toujours convaincus que les femmes sont l'incarnation du Diable, le serpent et la socière à la fois, Clinton ne semble pas pouvoir échapper à la démonisation.
Je ne dis pas qu’il faut se satisfaire d’un
féminisme approximatif ou accepter une égalité partielle. On peut, bien sûr,
critiquer les failles de la plateforme de Clinton, et continuer d'exiger mieux
du système politique. Mais ayons la décence de demeurer honnêtes. Dire que
Clinton et Trump, c’est du pareil au même, est une affirmation ridicule. Affirmer que Clinton n’est pas du tout, en
aucun cas, pas le moins du monde féministe, c’est faire preuve de mauvaise foi.
On accorde l’étiquette féministe à des publicités, quand même! Combien de
fois ai-je entendu : « c’est du féminisme pop, mais pour le milieu publicitaire / pour l’époque / pour le
monde de la mode / etc., c’est déjà un exploit »? Clinton n’est-elle pas
elle aussi inscrite dans une époque, dans un système, dans une société qui
contraint ses choix et son idéologie?
On
ne peut pas soutenir Clinton juste parce qu’elle est une femme
À cause de la peur maladive qu’on a du « sexisme inverse » de la discrimination positive, on ressent le besoin de crier sur tous les toits qu’on ne prend pas systématiquement le parti des femmes simplement parce qu’elles sont femmes. Et pourquoi pas? Je n’ai pas honte d’affirmer qu’en général, j’aborde une situation avec un préjugé favorable aux femmes. Cela ne me rend pas moins objective qu’une personne qui croit être neutre, simplement parce qu’elle refuse de reconnaitre le biais favorable aux hommes qu’on nous a tou.te.s inculqué depuis l’enfance.
On peut très bien ne pas être d’accord avec
toutes les politiques de Clinton, tout en la soutenant – ou, au moins, en se
retenant de la couvrir d’insultes à chaque occasion – par solidarité féminine. Ce
n’est pas en tenant les politiciennes à des standards 200 fois plus élevés (c’est
ce qu’il faut pour arriver à la conclusion que Trump et Clinton sont « aussi
pires ») qu’on fera avancer la cause des femmes.
La
caricature de Clinton
Si au moins c'étaient les
politiques de Clinton qu'on critiquant, ce serait déjà ça de gagné. Or, les hommes politiques sont jugés sur leurs idées et leurs accomplissements, alors que les femmes politiques sont jugées sur leur moralité.J’ai écouté la première moitié du débat présidentiel (il y a une limite au nombre de fois que je peux voir un homme interrompre une femme avant de mettre fin au supplice), et, dans les premières quelques minutes, Clinton avait déjà proposé de taxer les riches, d’établir des congés parentaux, de rendre les garderies plus accessibles et de s’attaquer aux problèmes de conciliation travail-famille. Un peu plus tard, elle maintient que les policiers.ères ont des biais racistes, que les fouilles « aléatoires » ciblent injustement les jeunes hommes noirs, et qu’il y a trop d’afro-américain.e.s en prison pour des crimes non violents. Cela parait peut-être pas grand-chose pour mes lectrices, mais rappelons que les États-Unis sont l’un des deux seuls pays à n’offrir aucun congé de maternité payé! Rappelons également que le système carcéral est d’une inefficacité notoire, mais qu’il persiste dans ses excès parce que les politicien.ne.s gagnent des votes en semblant « tough on crime ». Ce que Clinton propose, pour vous et moi, cela va peut-être de soi – mais par rapport au contexte politique états-unien, c’est révolutionnaire! Et pourtant, depuis des mois que dure la course, je n’ai observé dans mon réseau de progressistes aucun commentaire sur le sujet. Pas un seul statut ou commentaire sur les garderies, et très peu sur l'équité salariale - alors que ces sujets ont été longuement abordés lors de la campagne canadienne, dans laquelle les chefs hommes concourraient pour le titre du meilleur féministe.
Si Sanders était toujours présenté en abordant ses propositions, Clinton n’est décrite que par ce qu’elle n’est pas – moins raciste que Trump, moins féministe que Sanders. Comment se fait-il qu’on garde le silence sur ses promesses directement féministes? Peut-être pour maintenir la caricature qu’on se fait de Hillary Clinton, ce monstre sans cœur qui représente l’Institution, qui n’est rien de plus que le clone de toutes les personnes qui sont venues avant elles – y compris son mari –, qui n’a pas d’existence et de substance propre. Pour maintenir cette caricature d’une femme qui n’a de féministe que son genre. Une femme à qui l’on reproche d’avoir une carrière, d’être trop froide, et de jouer le jeu de la politique – bref, à qui l’on reproche d’agir « comme un homme ».
Refuser
de voir le sexisme
Les hommes de gauche qui refusent d’endosser
Clinton aiment se convaincre qu’ils sont imperméables au sexisme, que leurs
opinions politiques sont tout à fait objectives et justifiées. Ils pensent
pouvoir voir au-delà du genre et sont fiers d'aborder la course autrement que
comme une « guerre des sexes ». Mais, qu’ils le veuillent ou non,
cette campagne est genrée. Elle aura, peut-être plus que toute autre campagne
électorale, des implications immenses pour les femmes des États-Unis et du
monde. Et il est impossible de faire abstraction du fait que Clinton est
désavantagée en raison de son genre.
D'abord, pourquoi s’entête-t-on à appeler Clinton
par son prénom, et pas Trump? Qu’on ne vienne pas me dire que c’est pour éviter
la confusion avec « Bill ». Premièrement, si une personne est
confuse, elle a probablement vécu la dernière année sous une roche.
Deuxièmement, la tendance à appeler les femmes politiques par leur prénom n’est
pas limitée à celles dont le mari est également en politique. Combien de fois
Marois a-t-elle été appelée « Pauline »? Le patriarcat travaille fort
pour dépouiller les femmes, et surtout les femmes mariées, de leur nom de
famille – peut-on ne pas lui faciliter la tâche?
Par ailleurs, celleux qui ont regardé le
débat présidentiel, même en partie, auront forcément constaté la division
inégale du temps de parole entre les deux candidat.e.s. Des articles rapportent
que Trump a interrompu Clinton plus de 50 fois pendant le débat,
dont 25 fois dans les premières 26 minutes.
Dans toutes les photos, on le voit qui domine en taille son adversaire. Tout au
long du débat, on voit Clinton qui écoute poliment alors que Trump grimace,
crie et gesticule. Trump a même eu l’audace d’attaquer Clinton en raison de ses
publicités trop « méchantes » – lui, dit-il ne l’a pas ainsi
calomniée. On parle d’un homme qui a suggéré que son adversaire devrait êtrefusillée… Répète-moi encore une fois comment les deux candidat.e.s reviennent au même
pour ce qui est de la violence envers les femmes?
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Comment la garde partagée met les femmes en danger
Cet article est le troisième d'une série de trois articles. Cliquez ici pour lire le premier, et ici pour lire le deuxième.
Dans les articles précédents, nous avons vu que les législatures et les tribunaux de plusieurs pays avaient développé une forte préférence pour la garde partagée lorsqu'un couple ayant des enfants se sépare. J'ai expliqué que cette préférence risquait de porter atteinte à l'autonomie des mères, et qu'elle était particulièrement problématique en situation de violences conjugales. La solution à ce problème parait simple: on pourrait simplement exclure la garde partagée lorsqu'un parent a violenté l'autre pendant la relation (non, un conjoint violent ne fait pas un bon père). Le problème demeure cependant: en réalité, dans l'état actuel du droit, le silence sur les violences est encouragé. Ainsi, les femmes sont dissuadées de rapporter les violences qu'elles ou que leur enfant subit - contrairement au myther populaire selon lequel il est à l'avantage des femmes d'inventer des allégations de violences au moment du divorce. Comment protéger les femmes victimes de violences si on ne sait même pas qui elles sont?
Encourager le silence sur la violence conjugale
| Source [Description d'image: photo rapprochée du visge d'une femme dont la bouche est cachée par une main qui l'empêche de parler] |
Qu’est-ce que cela signifie? D’abord, le tribunal ne peut pas limiter le contact de l’enfant avec un de ses parents (lire : le père), sauf si c’est contre son intérêt. Il y a donc une présomption à l’effet que l’enfant bénéficie de l’implication maximale de ses deux parents. Cette disposition a joué un rôle majeur dans l'établissement du courant jurisprudentiel favorable à une garde partagée 50-50, bien qu’elle n’exige pas un tel arrangement en réalité. Ensuite, et c’est là le cœur du problème, le tribunal doit tenir compte « du fait que la personne pour qui la garde est demandée est disposée ou non à faciliter ce contact ». Pour faire simple, la mère doit démontrer qu’elle ne mettra pas des bâtons dans les roues au pauvre papa qui ne veut qu’avoir la chance de passer du temps de qualité avec son enfant. La mère qui demande la garde exclusive (qui implique souvent que le père aurait des « droits d’accès » ou « droits de visite ») doit non seulement prouver qu’elle est une bonne mère et qu’elle sera fournir à l’enfant tous les soins dont iel aura besoin, mais en plus, elle doit montrer sa bonne foi relativement au maintien des liens entre l’enfant et le père.
Le problème est celui-ci : dénoncer
une situation de violence conjugale ne démontre pas qu’on est prête à co-élever
l’enfant. La mère est prise entre l’arbre et l’écorce. Si elle dit « le
père est violent mais je suis prête quand même à collaborer avec lui et à tout
faire pour qu’il puisse voir mon enfant », l’allégation de violence
conjugale n’est pas très crédible. Si, au contraire, elle affirme que le père
est violent et qu’elle ne veut donc avoir aucun contact avec celui-ci, la Cour
risque de considérer que le lien père-enfant est en danger si la mère a la
garde, et elle peut imposer à la place une garde partagée, voire une garde
exclusive au père. La situation se complique davantage pour la mère qui sait
que, si elle échoue à obtenir la garde, son enfant sera encore plus en danger. Manifestement,
elle ne peut pas gagner. Si la loi et les tribunaux étaient moins biaisé.e.s en
faveur de la garde partagée, et surtout plus sensibles à la prévalence et à la
complexité de la violence conjugale, la situation pourrait être grandement
améliorée pour les mères.
Ce problème ne se limite pas à la violence
conjugale. La mère qui cherche à protéger l’enfant de la violence physique,
psychologique ou sexuelle du père fait face au même piège. En effet, si elle ne
dénonce pas la violence, elle met son enfant en danger. Pendant la vie commune,
la mère peut tenter de limiter les violences en s’interposant et en protégeant
l’enfant du mieux qu’elle peut. Or, lorsque l’enfant est seul.e avec le père,
la mère est totalement impuissante à le ou la protéger. Or, si, au contraire,
elle dénonce la violence, elle risque encore une fois de ne pas être crue.
L’allégation sera alors perçue comme de la mauvaise foi, conformément au mythe
sexiste selon lequel les femmes inventent des violences pour obtenir des
jugements de garde ou de divorce favorables (ce mythe, qui fera l’objet d’un
article futur, est infondé pour de nombreuses raisons). Des
masculinistes pédophiles nous ont fait le cadeau d’une prétendue théorie du
« syndrome de l’aliénation parentale », fréquemment utilisée devant
les tribunaux, surtout en France où quelques psychologues agissent
régulièrement en tant qu’experts du côté du père. D’après cette
« théorie », l’enfant qui dénonce des abus sexuels de la part de son
père est suspect, parce qu’il s’agit probablement d’un tissu de mensonges mis en place par la mère pour nuire au père. La
mère « lave le cerveau » de son enfant pour empêcher le père d’y
avoir accès. Si une mère dénonce des violences et que le tribunal considère qu’elle
« aliène » son enfant en plus de mentir, elle risque fortement de
perdre toute chance d’obtenir la garde exclusive. En effet, le tribunal craindra qu'à cause de la mère, l'enfant en vienne à ne plus jamais voir son père. Dans l’éventualité fort probable
(faut-il rappeler à quel point les fausses accusations de violences sexuelles
sont rares?) où le père est effectivement violent, un tel dénouement place
l’enfant dans un grand danger puisqu’encore une fois, la mère n’a aucune façon
de le/la protéger.
En conclusion, le problème n'est pas tant la garde partagée en soi - elle peut être adéquate dans certaines circonstances -, mais plutôt le fait de juger la mère en fonction de la façon dont elle perçoit le père et en parle. Pour montrer leur bonne foi, les femmes sont incitées à ne pas dévoiler les violences subies par elles ou leur enfant, ce qui les place tou.te.s deux en danger.
Dans le prochain article, nous verrons comment la garde partagée appauvrit les femmes et les enfants. Celui-ci paraitra mercredi, ou lorsque cet article aura atteint 5000 vues, sur la page Facebook De colère et d'espoir - blogue féministe. N'hésitez pas à partager l'article s'il vous a plu!
Vous trouverez le premier article de la série, Les hommes sont-ils discriminés en matière de garde d'enfant?, à l'adresse suivante: http://decolereetdespoir.blogspot.ca/2016/09/les-hommes-sont-ils-discrimines-en.html
Vous pouvez lire le deuxième article, Le côté sombre de la violence conjugale: une atteinte à l'autonomie des mères, à cette adresse: http://decolereetdespoir.blogspot.ca/2016/09/le-cote-sombre-de-la-garde-partagee-une.html
Si vous avez aimé cette série, vous aimerez peut-être mon article Trois choses plus probables que d'être faussement accusé de viol.
Le côté sombre de la garde partagée: une atteinte à l'autonomie des mères
À première vue, la garde partagée semble être la solution toute indiquée pour les couples qui se séparent – ce pourquoi, comme expliqué en première partie, les tribunaux et les législatures adoptent de plus en plus ce modèle de coparentalité. L’idée du « 50-50 », l’image même de l’égalité, semble donc attrayante, même pour les féministes préoccupées par la division sexuelle du travail, qui attribue souvent l’entièreté des soins des enfants aux femmes. Pourtant, les critiques féministes ont ardemment dénoncé les présomptions en faveur de la garde partagée, mettant en lumière les effets néfastes qu’elle peut avoir sur les mères. Cette série d'article se veut un aperçu de ces critiques, accompagné d'une vulgarisation des principes juridiques en jeu (quoique ma formation soit en droit canadien, ma compréhension est que la situation en France est encore pire en raison du contrôle important du lobby des pères sur la loi familiale).
L’autonomie des mères
| [Description: dessin en gros plan de deux mains menottées dans le dos d'une personne.] Source. |
Il y a quelque chose d’absolument
terrifiant à la pensée qu’une femme pourrait avoir un rapport sexuel (un seul)
avec un homme, et être condamnée à garder cet homme dans sa vie pour le reste
de ses jours – ou, du moins pour les 18 prochaines années. Alors que les femmes
sans enfant ont le droit à la « rupture nette » lorsqu’une relation
devient dysfonctionnelle, les règles de filiation paternelle retirent cette
option à la majorité des mères. La garde partagée réduit encore davantage
l’autonomie de ces dernières.
En effet, pour qu’une garde partagée soit
possible, il est presqu’indispensable que les parents habitent près l’un.e de
l’autre. Par conséquent, la garde partagée pose de sérieuses contraintes à la
liberté des femmes de déménager, notamment pour faire avancer leur carrière. En
réalité, ces contraintes ne se limitent pas aux situations de garde partagée.
Même un père qui n’a que des droits d’accès (c’est-à-dire que la mère a la
garde exclusive) peut s’opposer au déménagement de la mère en l’amenant devant
les tribunaux. Ce n’est pas que le déménagement de la mère être interdit, c’est plutôt qu’il permet au père
de remettre en question l’opportunité d’accorder la garde à la mère, lui imposant ainsi un deuxième procès sur la garde (Loi sur le divorce (Canada), article 17(5)), comme l’illustre la décision Gordon c. Goertz de la Cour suprême du Canada. Dans cette
décision, le père s’opposait à ce que la mère déménage en Australie pour y poursuivre des études. Si la Cour
suprême a donné raison à la mère – c’est-à-dire qu’elle a pu déménager en
Australie et conserver la garde de son enfant –, elle affirme cependant que « Les droits et l’intérêt des parents ne seront pertinents que s’ils ont une incidence sur l’intérêt de l’enfant. [...] Le lourd fardeau qui incombe aux parents gardiens ne justifie pas non plus l’existence d’une présomption en leur faveur. Les responsabilités en matière de garde restreignent la liberté individuelle des parents à plus d’un titre » (paragraphe 37). Pour simplifier, l’atteinte à l’autonomie de la mère, à moins d’affecter l’enfant, ne nous intéresse pas. Il faut par ailleurs comprendre que,
même si la mère a pu réaliser ses plans, devoir se battre devant les tribunaux
jusqu’en Cour suprême pour poursuivre des études à l’étranger ne peut pas être vu comme une
victoire pour l’autonomie des femmes.
En plus des contraintes exposées ci-haut,
les parents qui ont la garde partagée doivent élever un.e enfant ensemble malgré la rupture. Cela
requiert des communications fréquentes et une prise de décisions communes (également imposée lorsque la mère a la garde exclusive). Si
l’on peut trouver normal que des parents, même séparés, se consultent avant de
choisir une école pour l’enfant, il faut remettre ce scénario en
perspective : avec les présomptions qui existent dans différents pays en
faveur de la garde partagée, une mère peut très bien être forcée de consulter
son ex-conjoint avant de prendre des décisions sur les soins médicaux ou le
choix d’une école pour un.e enfant qu’elle a, à toutes fins pratiques, élevée
seule pendant la vie commune. Les décisions en matière de garde sont
généralement tournées vers l’avenir (on observe le « potentiel » du
père plutôt que l’historique de soins donnés par la mère). Ainsi, le fait qu’un
père n’ait jamais manqué même une demi-journée de travail pour s’occuper d’un
enfant malade ou assisté à la moindre réunion parent-élève ne lui retire pas
son autorité parentale sur l’enfant. D’après la Loi sur le divorce, article 16(9) : « le tribunal ne tient pas compte de la conduite
antérieure d’une personne, sauf si cette conduite est liée à l’aptitude de la
personne à agir à titre de père ou de mère ».
Par ailleurs, le dérangement que
représentent les contacts fréquents avec un ex se transforment carrément en
danger pour la vie en situation de violence conjugale. Un tel scénario ne doit
pas être considéré rare ou anodin. Il a été observé que de nombreuses femmes
commencent à vivre des violences conjugales à la grossesse, et que des pères
brandissent la menace de la garde des enfants pour obliger les femmes à rester
avec eux malgré une situation de violence (les femmes aux prises avec des
troubles de santé mentale sont particulièrement susceptibles de recevoir de
telles menaces). Imaginez une femme qui, malgré toutes les difficultés que l’on
connait bien, réussit enfant à se séparer d’un conjoint violent. N’est-il pas
inhumain de l’obliger à continuer à fréquenter l’ex-conjoint toutes les
semaines parce qu’iels doivent « s’échanger » l’enfant? Un tel
arrangement facilite la poursuite des violences. L’homme violent a par ailleurs
un levier important, puisqu’il peut menacer de s’en prendre à l’enfant si la
mère le dénonce ou n’accède pas à ses requêtes. Ajoutons que des mères, notamment en France, sont criminalisées
pour avoir refusé d’envoyer leur enfant chez leur ex-conjoint violent,
allant à l’encontre d’une ordonnance de garde (plus de détails ici).
Bien sûr, on pourrait régler la question en
excluant catégoriquement la possibilité d’une garde partagée lorsqu’il y a
violence conjugale – ce qui est avancé par des chercheuses et militantes féministes –
ou du moins, si le sort des mères nous indiffère, lorsque le père est violent
envers l’enfant. Cependant, la préférence pour la garde partagée est un
obstacle majeur à la dénonciation des violences masculines.
Dans l'article suivant, j'aborde comment les préférences pour la garde partagée dissuadent la dénonciation des violences conjugales. Il est disponible à l'adresse suivante: http://decolereetdespoir.blogspot.ca/2016/09/comment-la-garde-partagee-met-les.html
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Vous pouvez lire l'article précédent, Les hommes sont-ils discriminés en matière de garde d'enfant?, en cliquant ici.
Vous aimerez aussi Emma Watson et son mascuféminisme.
Les hommes sont-ils discriminés en matière de garde d’enfant?
Avez-vous déjà vu un film ou une série où un gentil papa ne demande qu’à voir son enfant, mais où une méchante maman n’arrête pas de lui mettre des bâtons dans les roues? Le gentil papa se résigne alors à prendre les grands moyens et va consulter un avocat, qui le prévient, désolé, qu’il n’a aucune chance d’obtenir la garde parce que les tribunaux l’accordent presque systématiquement aux mères.
J’ai vu un tel
scénario de nombreuses fois, notamment dans la série Gilmore Gilrs, où le père en question est l’incarnation même du bon
gars, et dans Nashville, où la mère
en question est l’image même de l’irresponsabilité. Évidemment, la spectatrice
ressent l’injustice de la situation. « Ben voyons! », se dit-elle,
« Comment les tribunaux peuvent-ils être aussi partiaux? » Et la
voilà convaincue que le système de justice est biaisé en faveur des femmes (la
tentation est forte d’insérer ici un gros LOL), ce qui n’est pas si difficile à
croire, puisque l’idée selon laquelle les femmes ont des privilèges au sein de
la famille est assez répandue.
Dans cet article, je
vais vous expliquer en quoi cette idée reçue est fausse, et en quoi elle est
dangereuse.
La
garde systématique aux mères, vraiment?
Il suffit d’ouvrir les
yeux pour constater que les mères ont plus souvent la garde que les pères. Ce
n’est pas moi qui affirmerait le contraire. La monoparentalité demeure, en
2016, très féminisée. Cependant, cela ne résulte pas de l’action des tribunaux.
Il faut savoir qu’en matière de droit familial, les parents règlent plus
souvent la question de la garde entre elleux. Iels pourront être d’accord pour
partager la garde selon un arrangement qui leur convient, ou alors, un seul des
parents demandera la garde exclusive sans que l’autre parent ne s’y oppose.
Ainsi, la raison pour laquelle la plupart des familles monoparentales sont
maternelles est que, dans le couple, c’est (trop) souvent la mère qui s’occupe
de l’enfant. Au moment de la rupture, le couple préserve
« naturellement » la division des tâches qui a toujours existé, sans
que les tribunaux n’aient rien à voir avec ce qui est simplement le résultat de
la division sexuelle du travail.
Les cas qui passent
devant les tribunaux sont donc les rares situations où les parents sont
incapables de s’entendre – les cas très conflictuels. Ceux-ci incluent certes
les situations où le père, impliqué dans la vie de son enfant, souhaite
conserver un rôle important, mais également les cas de violence conjugale ainsi
que ceux où le père ne veut simplement pas avoir à payer de pension
alimentaire. On ne peut pas présumer qu’on a affaire au papa parfait.
Qu’arrive-t-il dans
ces situations? Des chercheuses ont observé que les tribunaux accordent presque
systématiquement la garde partagée en cas de conflit, à moins d’une situation
extrême (encore faut-il la prouver). Alors que la loi exige des juges qu’elles
et ils décident au cas par cas en fonction du « meilleur intérêt de
l’enfant », une sorte de présomption s’est développée, et les tribunaux
tendent à considérer que la garde partagée est la solution parfaite par défaut.
(Source : Marie Christine Kirouack, « La jurisprudence relative à la
garde: où en sommes-nous rendus? » dans Barreau du Québec, Service de la
formation permanente, ed, Développements
récents en droit familial (Cowansville: Yvon Blais, 2007) 665)
Il s’agit donc non pas
de favoriser les mères, mais plutôt de favoriser les pères. En effet, si l’on
choisit la garde partagée par défaut, alors que l’alternative pourrait être
d’observer qui s’est davantage occupé.e de l’enfant dans le passé ou qui risque
de mieux s’en occuper, les hommes augmentent radicalement leurs chances de
« gagner » leur procès face à une mère qui demande la garde
exclusive.
Cette situation ne se limite pas au Québec. Certains états sont allés jusqu’à légiférer la présomption de garde partagée, ce qui la rend encore plus évidente qu’une tendance dans les jugements. C’est notamment le cas de l’Australie, où la Family Law énonce, à l’article 61DA: “When making a parenting order in relation to a child, the court must apply a presumption that it is in the best interests of the child for the child's parents to have equal shared parental responsibility for the child” (traduction: en rendant une ordonnance concernant un.e enfant, la cour doit appliquer une présomption qu’il est dans le meilleur intérêt de l’enfant que ses parents en aient une responsabilité parentale commune et égale).
La garde systématique aux mères n’existe pas.
La
rhétorique masculiniste
La plupart des gens ne
comprennent pas vraiment ce qui se passe devant les tribunaux et ce que dit la
loi – ce qui, bien sûr, n’est pas un hasard. Mais répéter le cliché selon
lequel le droit de la famille favorise les mères n’est pas seulement de la
méconnaissance du droit – c’est en réalité un des piliers fondamentaux de la
rhétorique masculiniste.
http://s2.lemde.fr/image/2013/05/02/534x267/3170078_3_9f66_serge-charnay-pere-divorce-retranche-au_0de6e06c2254dca6bdf79aff6b22cee1.jpg
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[Description: photo d'un père manifestant sur une grue avec une banderole sur laquelle il est écrit "Benoit 2 ans sans papa". En 2013, les "papas perchés" ont réalisé plusieurs manifestations masculinistes de ce type en France pour réclamer plus de droits aux pères.]
En effet, les
masculinistes sont extrêmement centrés sur le « mouvement des
pères », notamment parce que la revendication de passer du temps avec son
enfant est plus cute que les
manifestations pro-viol ou anti-pensions alimentaires. Mobilisant l’idée
saugrenue du « matriarcat » prétendument à l’œuvre dans la société
occidentale, ils prétendent que leur donner plus de droits participe à une
« réelle » égalité (contrairement aux droits demandés par les
féministes qui oppriment les hommes). Les groupes des pères ont eu une
influence importante sur les changements en faveur de la garde partagée. On ne
peut donc pas aborder cette question sans considérer d’où vient ce discours.
Par ailleurs, les
masculinistes cherchent à réécrire l’histoire en prétendant que les femmes sont
favorisées en matière familiale à cause de stéréotypes historiques sur
l’incompétence des hommes. On a l’impression que le droit a traditionnellement
accordé la garde aux femmes en cas de divorce. Il y a quelques problèmes
majeurs avec cette affirmation… D’abord, faut-il rappeler que la liberté des
femmes de divorcer n’est pas exactement une tradition millénaire… En plus,
l’autorité parentale, qui confie la responsabilité de l’enfant à ses deux
parents, n’a remplacé la puissance paternelle dans le Code civil au Québec
qu’en 1977 (source). Avant cela, même si les mères s’occupaient
principalement des enfants, elles n’avaient pas le pouvoir légal de prendre des
décisions à leur égard (ou alors, seulement quand le père était absent). La
tradition de la puissance paternelle est assez universelle, mais on retrouvait
généralement une exception pour les jeunes enfants – les hommes n’allaient
quand même pas inventer des lois qui les forcerait à changer des couches! Ainsi,
à l’époque où les femmes n’avaient aucun droit parental, une présomption leur
accordait tout le même la garde de l’enfant de quatre ans ou moins, puis, plus
tard, de sept ans ou moins (source).
Mise à part cette
exception, résultat de la militance de la féministe Caroline Norton au 19e
siècle en Angleterre, les hommes ont toujours eu la position de force en
matières juridiques, et le droit familial ne fait pas exception. Encore aujourd’hui,
il existe de nombreux pays où les femmes perdent leurs enfants en divorçant, ce
qui, bien sûr, dissuade les séparations même en cas de violences.
Par conséquent,
prétendre que les femmes sont favorisées en matière de garde d’enfants est à la
fois historiquement et légalement faux. Il est important de prendre conscience
que cette idée provient de la rhétorique masculiniste qui cherche à démontrer
une « oppression des hommes » dans la société afin de justifier l’obtention
de plus de privilèges. Ne tombez pas dans ce piège.
La suite de cet article peut être lue à l'adresse suivante: http://decolereetdespoir.blogspot.ca/2016/09/le-cote-sombre-de-la-garde-partagee-une.html
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Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être Emma Watson et son mascuféminisme.
Séries féministes: il faut voir Switched at Birth
Switched
at birth (échangées à la naissance) arrive deuxième
dans mon Palmarès des séries féministes, et j’ai longtemps hésité à lui donner la première place devant The 100. Sans exagérer, cette série a
littéralement changé ma vie.
Switched
at birth suit l’histoire de deux adolescentes, Bay
Kennish et Daphne Vasquez, qui découvrent qu’elles ont été échangées à leur
naissance et qu’elles n’ont donc pas grandi avec leurs parents biologiques. Les deux
familles décident d’habiter ensemble pour permettre aux enfants comme aux
parents d’apprendre à connaitre leur famille génétique. Mais la cohabitation
n’est pas si simple en raison des conflits de valeurs entre les deux familles
et des inquiétudes des parents sociaux qui craignent de part et d’autre de
perdre le lien qu’iels ont avec leur fille. Les Kennish sont un couple blanc et
riche qui croit parfois tout savoir. Regina Vasquez est une femme fière,
monoparentale et portoricaine qui tient plus que tout à son indépendance. Le
mélange est parfois explosif.
La série, dont la cinquième et dernière
saison paraitra l’an prochain, contient de nombreux bijoux qui feront sourire
les féministes.
![]() |
| Source: https://lovelace-media.imgix.net/uploads/299/730799e0-d787-0131-6c7f-0aa0f90d87b4.jpg? |
[Description: photo prise d'en haut des visages des deux personnages principaux de la série, Bay Kennish (à gauche) et Daphne Vasquez (à droite). Les deux filles sont couchées sur le gazon dans deux directions opposées. Leurs longs cheveux brun foncé (Bay) et roux (Daphne) sont étendus autour de leur visage. Elles ont les yeux grand ouverts.]
1)
Culture Sourde
Le trait distinctif de cette série est
qu’elle propose une immersion dans la culture Sourde. Lorsque Daphné, sourde
depuis l’âge de trois ans, rencontre ses parents biologiques entendants, ils
ignorent tout de cette culture. Considérant que leur fille est handicapée, ils
s’empressent de chercher à la « guérir » en l’incitant à quitter son
école pour étudiant.e.s Sourd.e.s et à obtenir un implant cochléaire. Alors que
la série avance, Daphné doit expliquer aux personnes qu’elle rencontre qu’être
Sourde est une partie importante de son identité, qu’elle ne souhaiterait pas
entendre, et surtout que les gens qui la côtoient doivent faire l’effort
d’apprendre l’ASL (American Sign Language)
pour communiquer avec elle, même si elle s’exprime oralement.
À mesure que les personnages entendants
progressent dans leur apprentissage de la langue des signes américaine et de
leur compréhension de la culture Sourde, l’auditrice le fait également. On ne
peut pas s’empêcher d’apprendre quelques signes, et on comprend mieux ce qu’on
entend par culture Sourde, les débats sur l’implant cochléaire et l’expression
orale, les mythes sur la lecture labiale et les accommodements nécessaires pour
qu’un espace soit inclusif des personnes Sourdes. L’apprentissage est très
enrichissant.
Cependant, il faut mentionner que la série
est controversée au sein de la communauté Sourde (voir par exemple cet article, en anglais). En effet, il est clair
qu’elle a été conçue pour intriguer et amuser les personnes entendantes. On
dénonce notamment le fait que le personnage de Daphné soit joué par une actrice
entendante (bien qu’on retrouve plusieurs acteurs et actrices Sourd.e.s dans la
série), le fait que les personnages parlent et signent en même temps, ce qui
donne l’impression que la langue des signes suit la grammaire de la langue
orale, le fait que la Daphné semble lire les lèvres beaucoup plus facilement
qu’il est possible de le faire, et finalement le fait que la série soit filmée
d’une manière qui cache beaucoup trop souvent les mains de la personne qui
signe.
2)
Des personnages variés et leurs
-ismes
Switched
at birth présente une variété de personnages
impressionnante. Près de la moitié des personnages importants sont Sourds, ce
qui permet d’aborder l’audisme, la discrimination à l’embauche, la violence et
la violence policière, l’importance de l’éducation spécialisée, les accommodements
et plusieurs autres enjeux importants. Au lieu de suivre un cours formel sur l’audisme,
on en apprend sur ces sujets à travers les conversations entre les personnages,
qui ont souvent des vues opposées. Cet extrait en est un magnifique exemple:
Par ailleurs, on retrouve plusieurs
personnes racisées, avec les Vasquez dès le début de la série et Sharee, une
amie de Daphné, à la saison trois. Leurs expériences de vie amènent des
conversations importantes sur le racisme. Par exemple, Sharee s’emporte contre
Daphné lorsqu’elle cherche à obtenir une bourse pour étudiantes latinas. Elle
lui explique que, même si elle a grandi en s’identifiant comme portoricaine en
raison des origines de sa mère sociale, elle ne vit pas de racisme parce
qu’elle est en réalité blanche. Ce n’est pas elle qui est suivie suspicieusement
par les employé.e.s dans les magasins. Par ailleurs, on constate que des
« bonnes personnes » peuvent tout de même avoir des biais racistes
lorsque la mère de Bay prend conscience de ses propres préjugés.
Natalie est une amie de Daphné et de Bay
ouvertement lesbienne. Elle dénonce à grands cris un code vestimentaire sexiste
qui imposerait à sa copine de porter une robe pour le bal de fin d’années. De
son côté, Kathryn Kennish, la mère de Bay, rencontre un homme gai lors d’un
cours de danse qui deviendra un ami proche. Elle constate que son mari est
homophobe puisqu’il « tolère » les personnes gais en autant qu’elles
ne le paraissent pas.
Lorsqu’elle commence à travailler dans une
clinique médicale, Daphné rencontre par ailleurs un collègue qui se déplace en
fauteuil roulant. Même si la série montre les obstacles capacitistes auxquels
il fait face lorsqu’un restaurant lui refuse l’accès, le personnage n’est pas
réduit à son handicap. Comme c’est rarement le cas en matière de représentation
handicapée, le personnage est joué par un acteur handicapé et est par ailleurs présenté
comme attirant.
On a même quelques commentaires sur
l’oppression des animaux, puisque Daphné est végétarienne et s’intéresse au fil
des saisons davantage à la nourriture végane.
3)
Tout n’est pas si simple
J’ai beaucoup apprécié que la série aborde
les questions sociales d’une manière qui en révèle la complexité. Par exemple,
les deux mères présentent le modèle de la femme qui cherche à être
financièrement autonome et celui de la mère au foyer. Bien que l’emploi rémunérateur
soit valorisé dans la série, on comprend aussi l’importance de respecter la
femme au foyer et de reconnaitre ses accomplissements. On voit par ailleurs que le « choix » de rester au foyer n’est pas unidimensionnel ou anodin.
Autre exemple, la plupart des personnages
Sourds de la série s’opposent à l’implant cochléaire, un appareil
chirurgicalement inséré dans le cerveau pour simuler l’audition. Cependant,
lorsqu’un adulte Sourd décide de l’obtenir, c’est la femme Sourde la plus
radicale qui explique à son fils qu’il faut respecter son choix et le soutenir
même si on n’est pas d’accord.
On retrouve le même discours lorsqu’il est
question de l’avortement d’un fœtus atteint de trisomie 21. En plus de
reconnaitre les tensions entre le discours sur l’avortement et le discours sur
neurodiversité, il est clairement avancé que le choix de la femme enceinte doit
être respecté quel qu’il soit.
4)
Un regard honnête sur la
culture du viol
Étrangement (ou pas), presque toutes les
séries comportent au moins un viol. La plupart du temps, celui-ci est présenté
de manière totalement irréaliste. Dans Switched
at birth, on échappe au cliché du « viol de fond de ruelle » pour
être confronté.e au problème très actuel des viols sur les campus
universitaires.
Le plus important est le fait
que le viol soit commis par l’incarnation même du « bon gars » (qui
est d’ailleurs un ami de la victime). C’est son trait caractéristique depuis
son apparition dans la série, et on ne s’attend pas du tout (si l’on croit que
seuls les monstres violent) à ce qu’il devienne « le violeur ».
Par ailleurs, le viol a lieu alors que la
victime est trop soule pour consentir. Ainsi, elle a de la difficulté à
reconnaitre qu’il s’agit réellement d’un viol, et croit plutôt avoir commis une
erreur, puisqu’elle considère qu’elle a trompé son copain. C’est sa mère qui,
entendant l’histoire sans savoir qu’elle concerne sa fille, déclare
catégoriquement qu’il s’agit d’une agression sexuelle. Plutôt que d’être
utilisé pour illustrer le manque de crédibilité des femmes qui dénoncent un
viol, cette incertitude de la victime montre bien à quel point il peut être
difficile de comprendre qu’on a été victime d’un viol.
Finalement, les enjeux associés à une
dénonciation de viol sont explorés de façon intéressante. On voit que, même
lorsque les personnes en position d’autorité ont de bonnes intentions, les mécanismes
institutionnels revictimisent la survivante d’agression sexuelle qui vit beaucoup de victim blaming. Alors que son
viol a été rapporté sans son consentement, la jeune fille devient le sujet
d’attaques en ligne de la communauté étudiante et est forcée à participer à une
enquête avant même que le moindre soutien ne lui soit offert.
Le seul aspect totalement invraisemblable
est la conséquence vécue par le violeur, qui donne l’impression que le système
prend le parti de la victime. Dans la vraie vie, l’écrasante majorité des
violeurs ne sont jamais punis.
La série Switched at birth soulève de nombreux autres enjeux, notamment
l’éducation sexuelle dans les école, l’importance des liens génétiques et les
droits des pères, mais il faudra pour tous les connaitre regarder cette
excellente série. En début d’article, j’ai annoncé que cette série avait changé
ma vie. Elle m’a en effet incitée à apprendre la
langue des signes québécoises et la langue des signes américaines, que je
pratique aujourd’hui, un an après avoir vu la série (pour la première fois),
quotidiennement.
Pour connaître mon classement de 23 séries de la plus à la moins féministe, c'est par ici.
Pour une introduction à la culture Sourde et aux langues des signes, lisez cet article.
Vous pouvez aussi lire mes critiques de The 100, Downton Abbey et Once Upon a Time in Wonderland.
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Cinq questions pour comprendre la parité
1)
Qu’est-ce que la parité ?
On
appelle « parité » la situation d’un groupe où les femmes sont
représentées de façon juste. On applique le plus
souvent le concept de parité à des groupes en position de pouvoir, bien qu’il
puisse permettre d’évaluer n’importe quel groupe ou liste. Plus précisément, on
utilise généralement l’un de ces trois critères :
·
Entre 40 et 60% de femmes, ce qu’on
appelle la « zone de parité ».
Une critique possible de ce barème est que, si on impose la zone de parité, il est fort
probable que la plupart des groupes se contentent d’un 40% de femmes pour 60%
d’hommes, ce qui demeure un écart significatif.
·
Exactement 50% de femmes, ce qui donne
généralement de meilleurs résultats que le 40-60%. Une critique demeure
cependant, puisque cela empêche de former des groupes majoritairement composés
de femmes, voire des groupes exclusivement féminins qui peuvent être adéquats ou même nécessaires
dans certaines circonstances (par exemple, pour un groupe représentant des
infirmières(ers) ou des sages-femmes, ou alors à la direction d’un centre pour
femmes victimes de violence).
·
Au moins 50% de femmes, ce qui permet
des groupes majoritairement ou exclusivement féminins mais exclut les boys’ club. C’est la définition que
j’utilise. Bien qu’on pourrait porter à croire que cela désavantage les hommes,
il faut comprendre trois choses:
o
1 : Dans la société
actuelle, il n’y a pas de surreprésentation et de contrôle quasi-exclusif des
femmes dans les médias, la politique, l’économie ou tout autre lieu de pouvoir.
Les hommes n’ont pas besoin d’être protégés par une mesure de parité puisqu’une
« domination féminine » des institutions est très improbable.
o
2 : Même si l’on se
retrouve effectivement face à des groupes majoritairement féminins, ils ne sont
pas problématiques puisqu’ils ne résultent pas d’une domination sociale et ne perpétuent pas un système
oppressif millénaire.
o
3 : Dans certains
contextes, un groupe exclusivement féminin peut être nécessaire, par exemple pour
diriger le mouvement féministe. S’ils existent, les groupes qui sont justifiés
d’être exclusivement masculins sont beaucoup plus rares.
Notez que ces définitions n’empêchent pas
la présence de personnes de genre autre que masculin au féminin, en autant
qu’il y ait 40, 50 ou au moins 50% de femmes. Il est également possible de
formuler ces barèmes « à l’envers », et de parler de maximum 60,
exactement 50 ou maximum 50% d’hommes. Les personnes non binaires sont alors
comptées avec les femmes comme représentant les genres marginalisés.
| Source: http://www.rse-magazine.com/photo/art/default/4134886-6277562.jpg?v=1335533318 |
[Description d'image: découpage de style ribambelle de quatre silhouettes stéréotypiquement masculines ou féminines, en alternance. En raison de leurs jambes écartées, les bonhommes bleus représentant les hommes prennent quand même plus de place que les femmes....]
2)
Quels sont les bénéfices de la
parité ?
La parité a d’innombrables bénéfices, dont
voici seulement quelques exemples :
·
Pour les femmes, la
parité :
o
Permet d’accéder à un poste
convoité qui aurait sinon été difficile d’accès pour une femme
o
Permet de réduire la division
sexuelle du travail qui attribue aux femmes les tâches moins rémunérées et
valorisées
o
Permet de réduire l’influence
du patriarcat en accordant plus de pouvoir collectif aux femmes
o
Permet aux femmes d’être en nombre
suffisant (qu’on appelle « masse critique ») pour apporter des
changements dans l’organisation et être suffisamment à l’aise pour partager
leurs idées (une seule femme dans une salle pleine d’homme ne risque pas de
s’exprimer)
o
Permet de pulvériser le plafond
de verre (vous savez, ce problème « insoluble » depuis des siècles ?)
o Permet de modifier l’imaginaire populaire et la manière dont on se représente les personnes en position de pouvoir
o
Permet de réduire les
inégalités économiques de genre qui ont mille et une conséquences dans tous les
aspects de la vie des femmes (y compris la violence conjugale)
·
Pour le groupe, la
parité :
o
Permet une plus grande mixité,
ce qui peut être considéré comme un bénéfice en soi
o
Permet de bénéficier des
personnes réellement les plus compétentes, plutôt que d’avoir des hommes moins
compétents mais favorisés par les systèmes formels et informels de recrutement
o
Permet, selon certaines études,
une plus grande productivité, plus de créativité, et, globalement, de meilleurs
résultats
o
Permet à l’entreprise de
bénéficier des changements qu’apportent souvent les femmes dans un milieu de
travail, par exemple des horaires de travail plus sains, des conditions plus
sécuritaires, des congés parentaux, etc.
Avouez : vous commencez à vous
demander, vous aussi, comment on peut être contre quelque chose d’aussi
magique? (Réponse en un mot : sexisme)
3)
Parité et quotas sont-ils des synonymes
?
Non. La parité est descriptive : un
groupe est paritaire ou il ne l’est pas. Les quotas sont quant à eux une mesure
qui peut être adoptée pour mettre en place cette parité – il s’agit donc d’une
action ou d’un outil. Il est donc
possible d’avoir la parité sans avoir de quotas. Par exemple, les
étudiant.e.s en droit au Québec forment un groupe paritaire, sans
que des quotas ne soient utilisés dans le processus d’admission.
Cependant,
il est souvent nécessaire d’utiliser des quotas pour arriver à la parité dans
des lieux de pouvoir ou de prestige. Certaines
personnes s’entêtent à affirmer que les quotas ne sont pas nécessaires puisque
les femmes investiront « naturellement » les lieux de pouvoirs et que
le changement doit se faire progressivement. Nouvelle choc : on est en
2016 et la parité ne s’est pas encore réalisée. La parité
« naturelle » peut prendre des siècles à se réaliser, alors que
l’emploi de quotas est une mesure quasi-instantanée. Par exemple, si l’on
compare les partis politiques qui se disent ouverts aux femmes à ceux qui ont
instauré des mesures de parité stricte par des quotas, on voit bien que les
quotas sont infiniment plus efficaces.
4)
Parité et discrimination
positive sont-ils synonymes ?
Comme pour les quotas, on confond souvent
la discrimination positive avec la parité, alors qu’il ne s’agit encore une
fois que d’une manière possible de réaliser la parité. La discrimination
positive consiste à préférer la
candidature féminine lorsqu’une candidate et un candidat ont exactement le même
niveau de compétences (contrairement aux dires masculinistes, la discrimination positive ne diminue donc pas la compétence. Je vais
le répéter un peu plus fort pour les jeunes libéraux dans le fond de la salle : LA
DISCRIMINATION POSITIVE NE DIMINUE PAS LA COMPÉTENCE. Merci). Notons qu’on peut
également appliquer la discrimination positive dans d’autres contextes,
notamment pour l’évaluation de la candidature d’une personne racisée face à une
personne blanche.
La discrimination positive est souvent
critiquée comme étant injuste envers les personnes ne vivant pas d’oppression
(les pauvres!). Il s’agit cependant d’une mécompréhension du principe (d’accord,
parfois c’est aussi de la mauvaise foi). Étant donné notre société patriarcale,
nous avons tou-te-s tendance à favoriser les hommes par rapport aux femmes. Ainsi, dans l’extrême majorité des cas, un
homme et une femme de même compétence seront perçu-e-s comme étant de
compétences différentes, en raison d’un biais positif associé aux hommes. Par
déduction logique, lorsqu’une employeuse ou un employeur considère qu’un homme
et une femme sont exactement du même niveau de compétence, on peut être assuré-e-s
que la femme est en réalité plus compétente. Il est donc tout à fait juste
qu’elle obtienne le poste. La discrimination positive compense la
discrimination négative vécue par la femme, de manière à s’équilibrer à peu
près pour donner une processus égalitaire (certes, on est probablement loin de l’équilibre, mais c’est un pas dans
la bonne direction).
Même si vous vivez sous une roche et que
vous considérez que les gens ne sont pas biaisés par le patriarcat, la
discrimination positive est justifiée pour compenser le fait que les femmes ont
moins d’opportunités et plus d’embûches dans leur parcours professionnel
(exclusion des réseaux de type boys’ club,
prise en charge de davantage de tâches ménagères et de soins des enfants et des
aîné-e-s, moins de financement pour les programmes qui leur sont dédiés,
sous-rémunération, surmédicalisation, dévalorisation du travail féminin, et
mille et une autres choses).
5)
Est-ce que la parité nuit aux femmes
?
Une des critiques les plus classiques de la
parité est qu’elle nuirait aux femmes (il y a en effet une forte tendance à
accuser les féministes de nuire à leur propre cause, que l’on peut observer
concernant à peu près toutes les revendications et accomplissements
féministes). L’idée est que la femme qui a eu un poste en raison de quotas ou
d’une politique de discrimination positive ne se sentirait pas compétente et
pas légitime dans sa position, et qu’il en résulterait une angoisse qui serait
encore pire que de ne pas avoir l’emploi. Cette critique est infondée pour
plusieurs raisons :
·
L’employeur-euse ne va pas voir
une femme en lui disant : « si j’avais eu le droit de construire mon
milieu professionnel comme un club de golf, je ne t’aurais pas employée ».
Lorsque la parité est utilisée dans une perspective globale, il n’y a aucune
raison pour qu’une femme soit identifiée comme « celle qui ne serait pas
rentrée sinon ».
·
Les femmes vivent déjà le
« syndrome de l’imposteur » (qui diantre a eu l’idée de créer cette expression
au masculin?). Devrait-on revenir en arrière et empêcher les femmes de travailler
pour protéger leurs pauvres cœurs fragiles de cet atroce sentiment?
·
Plus sérieusement, la discrimination positive ou les quotas ne
font pas que corriger le problème de surreprésentation masculine – iels le
résolvent. De plusieurs façons, notamment en créant des mentores
potentielles, en permettant aux femmes de changer les cultures
institutionnelles par le nombre et en créant des modèles féminins dans
l’imaginaire populaire, la parité facilite l’intégration des femmes dans les
lieux de pouvoir. Ainsi, si l’on prenait la peine d’imposer des mesures de parité
impérative, il est fort probable qu’on n’en ait plus besoin d’ici peu de temps.
Même si c’était vrai que la parité mettait certaines femmes temporairement mal
à l’aise, cela ne durerait pas tout en ayant des effets bénéfiques profondément
transformateurs pour notre société.
·
Si des femmes se sentent mal
d’occuper un poste en raison d’une mesure de parité, c’est sans doute parce que
de nombreuses personnes continuent de présenter la discrimination positive ou
les quotas comme problématiques et nuisant à la compétence. Il est donc assez
circulaire de s’opposer à la parité parce que des femmes pourraient aussi avoir
une perception négative de la parité. Mieux vaut réaffirmer les bénéfices de la
parité et comprendre que les femmes qui obtiennent des positions soi-disant
« à cause » de la parité méritent entièrement leur place.
·
Et qu’en est-il des hommes qui
occupent des postes parce qu’ils sont favorisés par un système patriarcal et
par l’absence de parité? Je n’ai vu aucun président de compagnie, aucun député,
aucun administrateur démissionner de son poste parce que l’angoisse quant à son
niveau de compétence l’empêchait d’exercer son travail… Tiens, tiens…
6)
As-tu un bonus pour tes chères
lectrices et lecteurs?
Oui! J’aimerais qu’on arrête de dire que la
parité sert à résoudre la « sous-représentation des femmes » dans
différents milieux et lieux de pouvoir. Essayons de plutôt parler de la
« surreprésentation des hommes », qui pointe du doigt la facette masculine du problème. Il faut que les hommes prennent
leur responsabilité concernant cet enjeu. Lorsque des hommes acceptent de siéger
sur un comité masculin, de participer à une conférence masculine, de militer
dans un parti politique masculin, ils prennent la place d’une femme. La parité
est certes un problème systémique, mais cela ne signifie pas que les hommes ne
sont pas responsables individuellement. Changeons notre façon de parler pour
témoigner du fait que les hommes doivent faire leur part dans la lutte pour
l’égalité, et que cette part commence en renonçant à des privilèges fort
appréciables pour eux, mais souvent injustement acquis au détriment des femmes.
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Vous aimerez aussi Cinq questions pour comprendre la culture du viol et Cinq étapes pour parler féminisme.
Je publie deux articles par semaine; assurez-vous de les voir passer en aimant la page Facebook de ce blogue.
5 questions pour comprendre la culture du viol
Cet article est une introduction au concept
de la culture du viol. Si vous l’aimez, j’en rédigerai d'autres du même type sur différentes notions féministes, alors n’hésitez
pas à vous manifester!
La culture du viol est un phénomène qui génère énormément de controverse. Du côté féministe, une fois qu’on la comprend, il devient impossible de ne pas en voir les manifestations partout dans notre vie et dans la société. Du côté antiféministe, c’est l’ennemi juré numéro 1 – non pas la culture du viol, mais le fait qu’on la nomme. En effet, les masculinistes traduisent la culture du viol par « les féministes voient le viol partout », ou encore « les féministes croient que tous les hommes sont des violeurs ». Bien sûr, il est permis de croire que ceux qui s’indignent le plus fort sont eux-mêmes des violeurs…
Non seulement la culture du viol est-elle un concept fondamental pour comprendre le patriarcat, il s’agit donc aussi d’un excellent filtre pour démasquer les antiféministes et certains faux-féministes. Mais encore faut-il la comprendre. Voici donc les bases de la culture du viol.
La culture du viol est un phénomène qui génère énormément de controverse. Du côté féministe, une fois qu’on la comprend, il devient impossible de ne pas en voir les manifestations partout dans notre vie et dans la société. Du côté antiféministe, c’est l’ennemi juré numéro 1 – non pas la culture du viol, mais le fait qu’on la nomme. En effet, les masculinistes traduisent la culture du viol par « les féministes voient le viol partout », ou encore « les féministes croient que tous les hommes sont des violeurs ». Bien sûr, il est permis de croire que ceux qui s’indignent le plus fort sont eux-mêmes des violeurs…
Non seulement la culture du viol est-elle un concept fondamental pour comprendre le patriarcat, il s’agit donc aussi d’un excellent filtre pour démasquer les antiféministes et certains faux-féministes. Mais encore faut-il la comprendre. Voici donc les bases de la culture du viol.
1)
Qu’est-ce que la culture du
viol?
La culture du viol est un concept féministe
utilisé pour caractériser une société (la nôtre) où le viol, l’agression
sexuelle et le harcèlement sexuel sont banalisé.e.s, voire encouragé.e.s. Une
telle société crée un climat propice au contrôle du corps des femmes par les
hommes. Voici certains de ses présupposés et conséquences :
·
Le viol est fréquent et
banalisé, et ce, même si on prétend que le viol est un crime grave (double
discours)
·
Les victimes de viol sont
blâmées (victim blaming)
·
Les victimes de viol ne sont
pas crues
·
Les stéréotypes sur le viol
sont très présents
·
Le système exige des victimes
de viol qu’elles rapportent le crime, tout en leur fournissant un processus
hostile
·
Le viol est encouragé subtilement (ou pas) dans la culture populaire
·
Les violeurs sont glorifiés, ou du moins excusés (notamment, en raison de leur statut)
·
L’habillement et la
présentation des femmes et des petites filles est contrôlé
·
Un sentiment d’insécurité est
cultivé chez les femmes relativement aux inconnus et au monde extérieur (malgré
que 80% des agresseurs soient connus de leur victime)
·
Les femmes ont la
responsabilité de prévenir le viol
·
Beaucoup, beaucoup de personnes
ignorent ce que signifie le consentement
Lorsqu’on rencontre ce concept pour la
première fois, il peut être difficile de croire qu’on vit dans une société où
le viol est effectivement encouragé. Il est alors utile d’apprendre à reconnaitre
les manifestations concrètes de la culture du viol dans notre vie quotidienne.
2)
Comment la culture du viol se
manifeste-t-elle dans la vie de tous les jours?
Tous les jours, des femmes sont violées.
Bien que cela aille de soi, il ne faut pas oublier cette première manifestation de la culture du viol.
D’autres exemples :
Bien que cela aille de soi, il ne faut pas oublier cette première manifestation de la culture du viol.
D’autres exemples :
·
Les films romantiques
présentent la « quête » amoureuse d’un homme qui poursuit une femme
malgré son refus initial (harcèlement). Sa persévérance est qualifiée de romantique et
finalement récompensée lorsque la femme réalise qu’en réalité, c’est l’homme de sa vie (non veut dire oui)
·
Dans les films, on voit très
rarement le consentement des femmes être exprimé. Des centaines de films
présentent des scènes « romantiques » qui mettent en scène une
agression sexuelle, sans que le public ne s’en rende compte
·
Les livres Twilight et 50 nuances
de Grey (50 shades of Grey) sont
extrêmement populaires malgré que les personnages féminins principaux y vivent de la violence conjugale « romantique »
·
Bien que le viol soit un
problème colossal, la plupart des pays et provinces n’ont pas de programme
satisfaisant d’éducation sexuelle et au consentement dans les écoles (et de tels programmes font face à une forte opposition)
·
Lors des initiations
universitaires, les étudiant-e-s sont incité-e-s à crier des chansons qui
banalisent et tournent en blague le viol et la pédophilie
· Les femmes qui disent « non » sont accusées de mettre les hommes dans la friend zone
· La chanson de Noël « Baby it’s cold outside » est populaire
·
Des publicités sexistes
utilisent se servent du viol pour vendre [IMAGE]
·
Les femmes qui prennent la
parole sur internet, les journalistes et les activistes femmes sont constamment
menacées de viol
·
Le viol en prison est une
blague
·
Le vocabulaire utilisé pour
parler du viol blâme les victimes : par exemple, « se faire »
violer plutôt que « violer » ou « être violée »
·
Les auteurs de violences
sexuelles et conjugales sont dépeints comme des victimes dans les médias (voir cet article et cet article)
·
Parlez de viol ou de
harcèlement sexuel à une personne de votre entourage prise au hasard, et sa
première question concernera probablement l’habillement de la victime
3)
Pourquoi la culture du viol
est-elle sexiste?
Puisque le viol est majoritairement commis
par des hommes sur des femmes (environ 80%), les femmes sont les principales
victimes de la culture du viol. Par ailleurs, la culture du viol chevauche
d’autres produits dérivés du patriarcat, comme le salopage (slut shaming) – ils s’intensifient
mutuellement pour affecter même les femmes qui ne sont pas victimes de viol
dans de nombreux aspects de leur vie. Certaines conséquences de la culture du
viol affectent cependant également les hommes victimes de violences sexuelles.
La culture du viol est, en corolaire, un
privilège masculin. Les hommes n’aiment pas penser qu’ils en bénéficient,
surtout s’ils se perçoivent comme un « bon gars » qui ne commettrait
jamais un tel crime. Cependant, même sans violer, les hommes retirent des
avantages de la culture du viol :
·
La peur du viol influence
significativement le comportement des femmes, en les incitant à ne jamais
contrarier les hommes
·
La peur du viol garde les
femmes prisonnières de leurs maisons, ce qui octroie par défaut l’espace public
aux hommes (pour une description de la manière dont la peur du viol affecte la vide quotidienne des femmes, vous pouvez lire cet article - mon plus populaire!)
·
La culture du viol crée une
solidarité masculine qui assure aux hommes un fort soutien même s’ils se
comportent de façon inacceptable
·
La culture du viol pose des
obstacles à l’avancement professionnel, économique et politique des femmes, ce
qui maintient les hommes dans leur position privilégiée (contrôle des institutions
politiques, scolaires et juridiques, promotions et sur-rémunération,
etc.).
·
La culture du viol permet aux
hommes un grande latitude de comportements dominants dans une relation
amoureuse qui ne sont pas considérés socialement comme de la violence conjugale
4)
Comment puis-je combattre la
culture du viol?
Le plus important, pour combattre la
culture du viol, est de la comprendre et d’apprendre à reconnaitre ses
manifestations. Informez-vous! De nombreuses blogueuses
ont écrit sur la culture du viol : vous pouvez commencer par là.
Attention : il y a beaucoup de désinformation masculiniste sur le sujet,
il vaut mieux rechercher des articles sur des sites féministes.
Quelques pistes pour commencer :
·
Les articles que vous trouverez
sur des blogues et pages fiables comme Je suis féministe, les Hyènes en jupons et Je suis indestructible.
·
Mes articles en lien avec la
culture du viol, par exemple:
- Comment bien raconter un viol (critique théâtrale)
- Ces journalistes qui devraient changer de métier (sur le traitement médiatique des agressions sexuelles)
Il est notamment important de comprendre
comment la culture du viol interagit avec d’autres systèmes d’oppression comme
le racisme et le capacitisme.
![]() |
| Source: https://www.facebook.com/starchildstela/photos/a.253208748164308.1073741827.253204088164774/575733735911806/?type=3&theater |
[Description d'image: dessin de l'artiste Starchild Stella qui présente deux femmes devant lesquelles se trouve une bannière avec l'inscription "Je supporte les survivant.e.s". L'image est en couleurs pastel.]Une autre façon de lutter contre la culture du viol est de soutenir les survivantes d’agression sexuelle et d’adopter des postures et valeurs qu’on appelle « pro-survivantes » :
·
Croire les victimes sur parole,
par défaut, et ête à l'écoute de leurs besoins
·
Ne pas se porter à la défense
des hommes accusés de viol en brandissant la « présomption
d’innocence »
·
Ne pas faire des commentaires
ou poser des questions qui suggèrent la responsabilité de la victime, comme
« elle n’aurait pas dû boire autant » ou « qu’est-ce qu’elle
portait? »
·
Ne pas exiger des survivantes qu’elles racontent des détails de leur agression (à vous ou à la police)
·
Considérer que chaque agression
sexuelle est grave
Intégrez ces connaissances et ces valeurs
en paroles et actions :
·
Ne JAMAIS menacer une femme de
la violer
·
Éliminer de son vocabulaire les
expressions sexistes en lien avec le viol
·
Ne pas suivre ou donner
l’impression de suivre une femme dans la rue
·
Lorsqu’une femme dit
« non » (ou « je ne sais pas », ou « pas
vraiment »…), ne pas redemander et la laisser tranquille
·
Parler de culture du viol aux
hommes dans votre entourage
5)
Quel est l’alternative à la
culture du viol?
Pour faire obstacle à la culture du viol,
les féministes ont imaginé une culture du consentement, où le consentement est
valorisé. Dans une telle culture, il est primordial de s’assurer du
consentement d’une autre personne avant de la toucher. On comprend que le
consentement doit être continu, répété, clairement affirmé, et que la
communication est donc nécessaire entre deux partenaires. Par ailleurs, le
consentement ne concerne pas seulement l’activité sexuelle – mais ce sera pour
un autre article.
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Vous aimerez aussi: 5 étapes pour parler féminisme
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