À la découverte du féminisme islandais

Comme vous le savez probablement, cette plateforme n’est pas un blogue de voyage. Cependant, puisque j’ai la chance de passer cette semaine en Islande, je me suis dit que je vous partagerais un peu de mon expérience – sous un angle féministe, bien évidemment.

Je suis arrivée aujourd’hui à Reykjavik vers 5h du matin. Bien qu’il y fasse déjà jour depuis un moment (à cette période de l’année, la nuit ne dure que quelques heures), la ville était totalement endormie. Il y a à peine 122 000 habitant.e.s à Reykjavik, ce qui se ressent évidemment en cette période où le flot de touristes ne l’a pas encore envahie. Déambuler dans ses rues n’en est pas moins agréable. 

Reykjavik est une ville très colorée
et artistique
[Description: façade d'un bâtiment
entièrement couverte de motifs
et dessins en noir et blanc]
Description: photo d'une sculpture
présentant la moitié inférieure
d'une personne, sous un bloc de matériau
informe. La sculpture donne
ainsi l'impression d'être inachevée.


Reykjavik est donc une toute petite et se visite bien à pied. Dès qu’on quitte les quelques rues principales, on pense se promener dans une ville fantôme. C’est une ville très colorée où vous verrez des maisons littéralement de toutes les couleurs. L’art urbain y est assez présent, et les murales, graffitis et quelques sculptures l’enjolivent – quoiqu’une pile de sandwiches (avec du vrai pain, collés pour en faire une sorte de sculpture?) m’ait laissée assez surprise face à certaines de ses envolées artistiques.




Photo de l'intérieur du restaurant Vinyl, seul restaurant végane de Reykjavik.

Il faut savoir de Reykjavik que, malgré que j’aie choisi cette destination pour avoir trouvé des billets d’avion à faible prix, la nourriture (et tout le reste) s’y vend beaucoup plus cher qu’ailleurs. À titre d’exemple, un repas dans un restaurant ordinaire y coûte près de deux fois plus qu’à Montréal, et les supermarchés ne sont pas non plus des plus abordables. Pour une végane, se nourrir devient un défi, mais j’ai eu le plaisir de croiser plusieurs restaurants qui affichaient un menu avec options végétariennes/véganes simplement en me promenant, et j’ai soupé dans un charmant restaurant qui se trouve à être le seul entièrement végane de la ville. Nommé Vinyl, l’ambiance y est agréable, et l’endroit est orné de livres sur la musique, disques vinyles et jeux de carte dans un espace aéré de style café convivial.


Le Bar queer a une façade arc-en-ciel
Description: vitrine sur laquelle
on peut lire: "If you are racist,
sexist, homophobic or an asshole
... don't come in"
Bien sûr, en parcourant ses rues, j’ai été attentives aux signes d’une présence féministe. Je n’ai pas été déçue. Si je n’ai trouvé que quelques exemples anecdotiques, il faut comprendre que je ne les ai pas activement cherchés. Je n’ai pas visité d’autre ville qui m’aie permis, après seulement quelques heures, d’observer autant d’éléments qui trouveraient leur place sur ce blogue. Ainsi, j’ai souri en voyant un restaurant affichant « Racistes, sexistes, homophobes : ne rentrez pas », et un bar queer dont la façade – il faut le faire dans cette ville arc-en-ciel – attire le regard par son explosion de couleurs. Le site de la ville dit qu’elle est fière de « sa communauté LGBT ». L’Islande a été le neuvième pays à ouvrir l’institution du mariage aux couples de même sexe et le premier à élire une personne ouvertement gaie à sa tête.





Photo de la plaque commémorant
Svava Jakobsdóttir
J’ai aussi porté attention aux statues et aux pancartes explicatives que l’on retrouve dans toutes les villes touristiques. Je n’ai vu que deux ou trois statues qui toutes représentaient un homme – ce qui n’est guère surprenant. Mais ce qui l’est davantage est que les trois pancartes que j’ai lues mettait en relief une histoire féminine de la ville. Deux d’entre elles sont en réalité des plaques commémoratives inaugurée à l’occasion des cent ans du suffrage féminin.

La première présentait une courte biographie Svava Jakobsdóttir, autrice de la deuxième moitié du 20e siècle, mais aussi chercheuse, militante des arts et parlementaire. On dit de ses écrits qu’ils abordent des enjeux sociaux et sont centrés sur des personnages féminins.

La deuxième plaque concernait Þorbjörg Sveinsdóttir, une sage-femme. Honnêtement : vous connaissez beaucoup de villes qui sont fières que leurs sages-femmes et les intègrent dans leur histoire? On apprend qu’en plus d’être une sage-femme populaire dans le Reykjavik de la deuxième moitié du 19e siècle, elle était impliquée politiquement. Elle a fondé avec d’autres l’Association des femmes islandaises, la première à revendiquer le droit de vote pour les femmes. Que l’affiche nous apprenne que cette association avait pour membresses après seulement un an d’existence le quart des femmes de Reykjavik en dit long sur le poids politique des femmes islandaises. Ces deux exemples montrent des femmes qui ont marqué leur époque et sont fièrement présentées par la Ville d’abord par leur carrière professionnelle, puis comme militantes et femmes politiques.

Finalement, une troisième pancarte de ce style que j’ai croisée invitait les visiteuses à découvrir des pionnières de la sculpture islandaise dans un jardin lancé à l’occasion de la journée des droits des femmes en 2014 (je n’ai pas trouvé ce jardin, il n’existe peut-être plus). Un survol rapide des programmes des différents musées de Reykjavik semble indiquer que l’art s’y conjugue aussi au féminin.


Quelques faits divers sur l’Islande et le féminisme :
  1. À l’élection de 2009, 43% des parlementaires étaient des femmes (on est à 25% au Canada).
  2. On trouve à Reykjavik un Musée du pénis (Icelandic Phalological Museum) qui en compare la taille de divers mammifères, y compris les baleines.
  3. L’Islande permet l’avortement sous une base médicale ou sociale jusqu’à la 12e semaine de grossesse. L’avortement est limité aux raisons médicales après la 16e semaine (au Canada, la loi ne pose aucune limite à l’avortement).
  4. Les parents islandais.es se partagent le congé parental comme suit (dans un couple hétérosexuel) : trois mois pour les mères, trois mois pour les pères, et trois mois à partager comme iels l’entendent. À titre comparatif, le Québec ne réserve que cinq semaines au père. Une distribution plus égale du congé parental favorise la prise de responsabilité des pères quant à leurs obligations familiales. Elle n’a pas, cependant, réduit les inégalités économiques.
  5. Le droit de vote est ouvert à certaines femmes (de plus de 40 ans) en 1915.
  6. Dans les compagnies de plus de 50 employé.e.s, les hommes forment 90% des directeurs généraux.
  7. Vigdis Finnbogadottir, élue en 1980, est la première présidente démocratiquement élue de l’Europe.
  8. Le 24 octobre 1975, 90% des femmes du pays on fait une grève générale pour exiger l’égalité. Elles ont refusé d’aller travailler, de prendre soin des enfants ou de faire quelque travail ménager. Le pays s’est retrouvé totalement paralysé et les pères ont dû amener leurs enfants à leur travail. Pour en savoir plus sur cet événement historique : http://www.bbc.com/news/magazine-34602822



J’espère que cet article aura éveillé votre curiosité! Que vous habitiez au Canada ou ailleurs, je pense que nos féminismes ont beaucoup à apprendre de l’histoire islandaise.


Si cet article vous a plu, un partage est toujours apprécié! 

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