Élections 2015: quels gains, quelles pertes pour les femmes canadiennes?

Alors que les derniers résultats sont annoncés sur les grandes chaînes de télévision, un nouveau Canada prend forme. Je vous propose une brève analyse de ce que signifient les résultats pour les femmes canadiennes.
Description d'image: photos des chef.fe.s des partis fédéraux.

La nouvelle la plus importante est bien sûr la défaite du gouvernement conservateur, l’ennemi évident des femmes. Si la réceptivité du public canadien empêchait Harper d’être trop explicitement homophobe et anti-avortement, ses politiques sexistes sont innombrables. Mentionnons par exemple un caucus sortant aux trois quarts masculins et des candidatures tout aussi peu paritaires, ou encore des politiques fiscales favorables au modèle de la femme au foyer. Pour une liste plus exhaustive, voyez ce triste bilan.

C’est le parti libéral qui remporte la majorité des sièges, devançant l’ancien parti d’opposition néo-démocrate qui subit une défaite violente. Les deux partis ont tour à tour courtisé les canadiennes en participant au concours du parti le plus féministe. Il faut dire que les féministes sont divisées quant au résultat : les deux chefs ont bien sûr leurs torts, et ont des positions semblables sur plusieurs enjeux pressants, notamment la tenue d’une enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Il semble que Justin Trudeau soit plus à gauche que son parti de droite, et Mulcair trop à droite pour son parti de gauche. Naomi Klein livrait sur Twitter une réflexion intéressante qui peut donner de l’espoir : « The Libs ran left and soared. The NDP moved right and crashed. », qui se traduit par « Les libéraux courent à gauche et montent en flèche. Le NPD bouge vers la droite et s’écrase ».

Les résultats au Québec valent la peine d’être mentionnés. Fidèle à sa tradition, le Québec présente un vote assez unifié. À la vague orange succède la vague libérale, mais il faut mentionner que le Québec est la seule région où les conservateurs font des gains. Le Bloc québécois, dont le chef est défait, gagne néanmoins des sièges également. Bien sûr, ce qui unit le plus clairement ces deux partis est leur position sur le niqab, c’est-à-dire que les femmes ne devraient pas pouvoir faire le serment de citoyenneté en le portant. Le Bloc avait également fait campagne sur l’enjeu du vote à visage couvert.

Pour ce qui est de la représentation politique des femmes, c’est le NPD qui a présenté le taux le plus élevé de candidates – un record historique –, mais le PLC nous a promis un conseil des minitres.ses paritaire, comme il le lui a été rappelé au cours de la soirée électorale. Bien sûr, le Libéral a fait de nombreuses promesses ambitieuses, comme celle de réformer le mode de scrutin, il reste à voir si elles seront effectivement tenues. Le bilan final, pour chacun des partis, se ventile ainsi: 27% de femmes chez les libéraux, 42% au NPD, 17% chez les conservateurs, 20% du Bloc québécois et 100% du parti vert (une députée). On arrive à une proportion de 26% des sièges remportés par des femmes, une triste augmentation d'un seul pourcent par rapport à 2011, comme l'observe le Conseil du statut de la femme. Equal Voice National remarquait pour sa part que dans 53 circonscriptions à travers le pays, on ne retrouvait aucune candidature féminine chez les 5 principaux partis. La cheffe du parti vert, Elizabeth May, conserve son siège sans faire de percée. Il y a peu d’espoir pour un parti principal dirigé par une femme, à moins que les partis dont les chefs doivent démissionner ne nous réservent des surprises.
   
Les chefs commencent bien sûr ce mandat avec un premier discours. Harper, Trudeau et Mulcair entament les leur en remerciant leur femme. En 2015, les femmes sont encore les travailleuses invisibles de la scène électorale – dans l’ombre, portant le nom de famille de leur mari, elles sont remerciées pour leur « appui » et même leur « gentillesse » et leur « compassion », et les Canadiennes ne peuvent qu’espérer en couleurs qu’une prochaine élection renverse la vapeur. Le discours de Mulcair se révèle tout de même intéressant : dès ses premières phrases, il parle de violence faite aux femmes et des femmes autochtones disparues et assassinées, et rappelle vers la fin que son parti bat des records historiques de candidatures féminines et autochtones. Pour sa part, Trudeau se contente d'un discours de remerciements, mentionne brièvement les Premières nations beaucoup plus tard dans son discours et rappelle plus tôt que les conservateurs ne sont pas nos ennemis.

Bien sûr, il n'y a pas que les politicien.ne.s qui fassent la politique: il ne faut pas négliger le rôle des médias. L'animation à Radio-Canada a été décevante à tous les points de vue, mais il faut décerner la palme à cette question posée à la députée Mélanie Joly: « Trudeau a promis la parité, ça devrait vous aider, n'est-ce pas? ». Comme l'ont remarqué plusieurs commentatrices sur les réseaux sociaux, il est ridicule de proposer que le boys' club libéral avantage les femmes, et personne n'a demandé à Trudeau à quel point le patriarcat l'avait aidé à devenir Premier ministre.

Des analyses plus approfondies viendront dans les prochains jours. Jusqu’à présent, les grandes chaînes auront laissé la parole aux hommes qui ont donc été les premiers commentateurs. Je crois que comme moi, de nombreuses féministes canadiennes se couchent ce soit avec un goût aigre-doux en bouche. L’heure n’est pas à la célébration euphorique, mais un soupir de soulagement nous échappe en constatant qu’au moins le parti au pouvoir aura prétendu être féministe.  

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