Que signifie l’acharnement contre Mélanie Joly?

Il y a quelques jours à peine, Mélanie Joly a été élue députée dans le caucus libéral du nouveau premier ministre du Canada, Justin Trudeau. Déjà, les médias s’acharnent contre elle. Est-elle victime de sexisme?

Un discours vide
On reproche beaucoup à Mélanie Joly d’avoir un discours vide et d’avoir été élue pour sa personnalité plutôt que ses opinions politiques. Je n’ai pas l’intention de défendre sa pertinence politique ou de faire le procès de ses interventions sur la scène publique. Mais les accusations portées contre elle me semblent au mieux trompeuses, au pire hypocrites.

Premièrement, avez-vous assisté à la même campagne que moi? Les campagnes politiques se jouent toujours avec la stratégie de la cassette. Un message, un slogan vide, et tout ce qu’il faut pour éviter les sujets épineux. J’ai voulu comparer les plateformes du NPD et du parti libéral, quelques jours avant les élections... Eh bien je n’ai trouvé aucune proposition concrète sur laquelle baser une comparaison. Vouloir ‘apporter du changement’ et ‘aider la classe moyenne’ n’est certainement pas un discours politique élaboré, et pourtant c’est sur de telles promesses que se basent les campagnes. Les analystes politiques à Radio-Canada expliquaient d’ailleurs la défaite de Mulcair par l’absence d’un ‘message clair’. À l’ère des 140 caractères, il est, semble-t-il, dangereux de se disperser. Et ne parlons même pas de nuance! En quoi est-ce que Mélanie Joly se distingue-t-elle du lot?

Deuxièmement, et dans le même ordre d’idée, si les chef.fe.s de partis semblent parfois être en mode ‘cassette’, qu’en est-il des politiques des simples député.e.s.? J’ai suivi cette longuissime campagne, et pourtant je n’ai entendu parler d’aucun plan amené par un.e député.e. Le propre de la politique par partis, c’est que des politicien.ne.s s’assemblent sous la bannière d’un parti et partagent les mêmes couleurs. Est-il raisonnable d’espérer de Mélanie Joly qu’elle nous éblouisse avec un plan original pour transformer le Canada alors qu’elle n’est que le visage du parti libéral dans sa circonscription (depuis 2 jours)?

Une femme carriériste
On reproche également à Mélanie Joly son opportunisme et son carriérisme – y a-t-il de pires qualités pour une femme? [Sarcasme] Ce discours était déjà en place lors de sa campagne à la mairie de Montréal. Je trouve incroyable qu’on ait reproché à Mélanie Joly de se présenter aux candidatures municipales comme ‘tremplin’ pour une carrière fédérale. Que devait-elle faire? Ne se présenter que si elle était certaine de remporter la course? (Rappellons qu’elle a scoré très haut). Ou alors mettre toute sa carrière sur pause pendant les 4 ans du mandat de Coderre? Parallèlement, Denis Coderre, qui par sa candidature a occasionné des élections partielles couteuses dans la circonscription qu’il n’avait pas fini de représenter, a été taxé d’opportunisme, certes, mais beaucoup moins et plutôt anecdotiquement. Est-ce parce qu’on trouve normal qu’un homme mette sa carrière au premier plan, mais pas une femme?

Un Joly look
Je ne peux m’empêcher de supposer que Mélanie Joly est victime de son look, ou plutôt de l’interpétation sexiste qu’on fait de son apparence. Belle et blonde, elle est forcément stupide, non?

Et puis, les bons résultats de sa campagne au municipal ne peuvent être dissociés d’une stratégie marketing efficace. Ses affiches, souvenons-nous, étaient visuellement bien plus attrayantes que celles des autres candidats, ce qui lui a immédiatement attiré de la visibilité. Mais dans un système où l’afficache électoral a autant d’importance, il me semble qu’elle n’a fait que jouer le jeu dont les règles ont été décidées bien avant son entrée dans la scène publique.

Une profitteuse
La pire attaque contre Mélanie Joly est, du point de vue d’une féministe, sans aucun doute celle qui l’utilise comme contre-argument à la parité.

Une fois son élection annoncée, on lui suggère immédiatement que la promesse de Justin Trudeau de former un gouvernement paritaire l’aidera. On suggère dans un article de journal qu’elle sera avantagée par cet engagement. Même Anarchopanda pour la gratuité scolaire s’empresse de dire qu’il ‘n’a rien du tout contre le geste’ (i.e. la parité) ‘mais il se demande si ça veut dire que Mélanie Joly est ministrable’. Parce que, bien sûr, si Trudeau annonce un cabinet des ministre.sse.s paritaire, il ne remédie pas à une ingégalité systémique, non, il planifie de nommer des femmes incompétentes. De toute façon, le féminisme c’est toujours mieux avec un ‘mais’. La parité, d’accord, ‘mais’ en autant que tout le monde, et surtout des hommes, puissent mettre un véto sur l’avancement de politiciennes qui ne leur plaisent pas. (Pour celles et ceux qui se préocuppent de la compétence de nos ministre.sse.s, j’aurais quelques noms plus prioriaites à vous suggérer...)

Il n’est probablement pas inutile de rappeler que le fait de se retrouver dans un caucus masculin aux deux tiers n’avantage aucunement les députées libérales. Cela signifie que Mélanie Joly, comme ses collègues féminines, a dû se tailler une place dans un parti qui, de toute évidence, favorise les hommes, et bien sûr dans un domaine macho. Elle s’est forcément montrée plus compétente, ou du moins de plus grande valeur, que la moyenne des hommes dans la même situation que la sienne, sinon elle n’aurait pas décroché ce poste.

Comme toutes les femmes travaillant dans un milieu dominé par les hommes, Mélanie Joly sera tenue à de plus hauts standardsque ses collègues masculins. Laissons-là donc tranquille.


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