Êtes-vous déjà tombé enceinte, M. le ministre?

Pas plus tard que ce matin, celles d’entre nous qui sont assez naïves (ou optimistes) pour ne pas l’avoir vue venir s’étouffaient avec leur céréales en apprenant que le ministre québécois de la santé, Gaétan Barrette, avait l’intention de limiter le nombre d’avortements au Québec.

Pourquoi diable ferait-il une chose pareille? 

Y a-t-il une épidémie d’avortements au Québec? Y’a-t-il, au contraire, trop d’offre pour une demande insuffisante? L’avortement est-il coûteux? Bien sûr que non. Cette nouvelle nous confirme, plus clairement que jamais, que l’austérité n’est pas une logique économique, mais plutôt un choix idéologique qui sert de prétexte pour s’en prendre aux femmes. Souvenons-nous que le ministre s’était déjà attaqué au droit au choix de la maternité des femmes en limitant, et même en interdisant pour certaines, le recours à la procréation médicalement assistée. 

Si ‘libre choix’, ‘droits des femmes’ et ‘égalité’ sont des expressions indéchiffrables pour notre cher ministre, permettez-moi d’utiliser une expression qu’il saura comprendre : la pilule ne passe pas. Il est hors de question que les femmes québécoises (et leurs compagnons trans* d’infortune) acceptent un tel affront, alors que nous habitons l’un des endroits du monde où l’accès à l’avortement est le plus aisé. Nos corps sont les premiers terrains de conquête, et nous savons donc que ce droit restera toujours fragile, d’où la vigilance constante à laquelle nous invite Simone de Beauvoir : ‘N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant’. 

C’est ce que nous ferons, Monsieur Barrette. Les chaleurs d'un nouveau printemps n’appelleront plus uniquement le gel des frais de scolarité. L’écho de nos casseroles résonnera comme les cris déchirants que vous nous inspirez depuis des mois, alors que, du haut de votre poste bien masculin, vous nous écorchez vives de ces droits pour lesquels nos mères et grand-mères ont risqué leur vie. M. Barrette, lorsque vous nous aurez enlevé notre corps, il ne nous restera plus rien – et c’est pourquoi nous ne nous laisserons pas faire. 

Oui, les femmes se battront, et je serai près d’elles. Mais permettez-moi de tenter un instant de vous faire entendre raison. Êtes-vous déjà tombé enceinte, M. Barrette? 

La maternité forcée est une forme d’esclavage. Ce qui peut être la source de bien des joies devient alors un cauchemar, une prison, un frein à toutes nos ambitions. Regarderez-vous dans les yeux la femme qui ne sera pas, comme vous, devenue ministre, parce qu’une grossesse indésirée l’aura fait trébucher? 

Il ne vous revient pas d’évaluer les raisons pour lesquelles les femmes choisissent d’avorter. Elles sont multiples et surtout toutes valides. En tant que ministre de la santé, votre travail est de constater combien essentiel est l’accès à l’avortement. Il en va de notre santé. Il en va de nos carrières. Il en va de nos corps. Il en va de toute notre vie. 

Combien de fois encore nous faudra-t-il le rappeler aux hommes de ce monde, nostalgiques d’une époque où nous étions vos objets, vos incubateurs, vos esclaves? 




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