Les princesses souffrent de manque d'ambition


Je m’avance dans l’allée. Une tornade rose semble avoir démoli l’endroit. D’un horizon à l’autre, tout n’est que paillettes et couleurs pastels. Mes grandes passions (…) sont toutes représentées : cuisine, soin aux enfants, maquillage, élevage de poneys. La tête me tourne. Je me pince pour échapper à ce cauchemar. Je réalise que je ne dors pas. Je traverse vers l’allée « des garçons ». Je recommence à respirer.

Toute féministe qui a déjà cherché à acheter un cadeau pour un.e enfant connait ce sentiment. Celui d’être prisonnière de la folie des princesses. Le pire, c’est de se souvenir que nous aussi, on a voulu être une princesse. On se demande quelle mouche a bien pu nous piquer. Ah oui, c’est vrai. Le patriarcat.

La liste des problèmes que pose l’univers des princesses (et, en particulier, des princesses Disney), n’a pas de fin. On pourrait la débuter ainsi :

  • standards de beauté inatteignables et malsains
  • valeurs superficielles
  • rôles genrés
  • valorisation des femmes par le mariage uniquement et complexe de Cendrillon
  • amour au premier regard
  • relations de couple malsaines
  • classisme et monarchie
  • racisme
  • démonisation des belles-mères
  • vêtements ridicules
  • demoiselles en détresse
  • hétéronormativité
  • hypersexualisation et pédophilie
  • âgisme
  • grossophobie
  • validisme

Tous ces problèmes mériteraient leur propre article – ce sera pour une autre fois. Aujourd’hui, je veux vous parler du rêve d’être une princesse comme mesure de l’ambition des femmes.

Dans la société dans laquelle nous vivons, il n’est pas surprenant qu’une fillette désire être belle et riche. Soit. Mais pourquoi rêver du sang royal sans aspirer au trône? Pourquoi les jeunes filles se déguisent-elles en princesse et pas en reine? Comprenons-nous : le patriarcat ne sera pas renversé par la transformation de la Princesse en Reine. Il vaut cependant la peine de pointer du doigt la différence entre les deux positions : la princesse n’a aucun pouvoir. La plupart du temps, elle n’acquiert un statut que par le mariage avec un Prince. Elle a une fonction hautement décorative. La reine, elle, dirige le royaume. Elle a une occupation (en dehors de celle d’épouse…) et des responsabilités. Elle donne des ordres plutôt que de les recevoir. Et – pensons grand – elle peut même se passe de roi!

Quel est le problème? Même lorsqu’elles rêvent, les filles ne se visualisent pas en haut de l’échelle. Il n’est pas insensé de tirer un parallèle avec le plafond de verre : la première étape pour arriver au sommet est de s’y rêver. L’ambition des femmes ne devrait pas être brimée dès leur enfance.


http://rebloggy.com/post/disney-queen-disney-princess-frozen-elsa/68408204593 
[Description d'image: deux images. Dans celle du haut, on voit des princesses de Disney (Mulan, Aurore, Belle, Tiana, Raiponce, Arielle, Cendrillon) souriantes et dans leurs robes à paillettes. Il est écrit: "So, you're a princess?" (Alors, tu es une princesse?). L'image du bas montre Elsa de la Reine des neiges avec un sourire en coin et léger froncement de sourcil, sur fond bleu. Un texte accompagne l'image: "How nice. I'm a queen." (Comme c'est merveilleux. Je suis une reine).]

Les garçons, en plus de ne pas subir toutes les mièvreries qu’on impose aux petites princesses, ne voient pas leurs ambitions ainsi réduites. Lorsqu’ils se déguisent, ils sont Spiderman, Superman, Batman… Pas Robin! Imaginez-vous une minute que tous les petits garçons rêvent d’être Robin, l’acolyte, le second, celui qui n’a pas de superpouvoirs… Ne serait-ce pas étrange? Toute la socialisation des garçons les pousse vers la domination, et on ne saurait les imaginer rêvant petit. On a aucune difficulté à leur faire croire qu’ils sont les plus forts, les plus rapides, et même qu’ils volent ou tirent des toiles d’araignées. Et les filles? Eh bien, elles sont jolies, chantent bien, et, avec un peu de chance, ont un père qui prend toutes les décisions, non seulement sur leurs vies mais aussi sur l’avenir de tout un royaume. Bonjour les complexes!

Si nos filles, nièces ou petites-sœurs ne peuvent échapper aux crinolines, aux tiares et aux paillettes, apprenons-leur au moins à diriger. Asseyons-les sur un trône, le temps d’un jeu. Préparons-les au pouvoir, et, machiavéliques comme nous le sommes, il nous suffira, à l’adolescence, de transformer le royaume en marché, le palais en compagnie et la reine en directrice générale!



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