Printemps d’manif, printemps d’machisme?

« J’espère que la petite pute de riche en chef de l’ASSÉ va se faire violer et que ça va lui faire mal… » [sic].
Ce message d’une grande poésie (…) a été tracé dans une salle de bain pour hommes de l’Université de Montréal. Comme en 2012, la culture du viol s’invite dans la guerrilla étudiante. Mais ne nous réjouissons pas de la voir s’exprimer dans « l’autre clan », celui des méchants carrés verts. En matière de violences sexistes, la droite n’a d’égale que la gauche…

Source: https://losmovimientoscontraatacan.wordpress.com/2011/12/27/nada-hay-tan-parecido-a-un-machista-de-derechas-como/
[Description d'image: À gauche, un homme assit dans un fauteuil lit un journal de droite (Le Conservateur), pendant qu'une femme fait le ménage en arrière plan. La couleur bleue est prédominante. À droite, une image semblable cette fois en tons de rouges, où un homme barbu lit un journal de gauche (Le Citron Diplomatique) pendant qu'une femme fait le ménage. La légende, en espagnol, se traduit pas: Il n'y a rien de plus semblable à un machiste de droite qui'un machiste de gauche. Le dessin est signé Emma Gasco et Mujeres Creando.]


Suite au printemps érable de 2012, des révélations choquantes ont donné à voir à quel point le militantisme de gauche est enlisé dans le sexisme. L’ouvrage Les femmes changent la lutte, paru aux éditions du remue-ménage en 2013, a notamment révélé la prévalence des viols et l’acceptation de la culture du viol dans le mouvement étudiant. Il n’y a pas de quoi s’en étonner : toutes les femmes activistes ont dans leur bagage de militante des histoires sordides qui témoignent de l’universalité du machisme. Le recueil d’essai témoigne également de la place des femmes au front de la lutte. Rappelons qu’« il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme », et que les soldates ont amplement pris leur place dans les luttes sociales. 

Il y a là cependant une désolante asymétrie : si la gauche peut, semble-t-il, se passer de féminisme, les féminismes ne sauraient être de droite. Ainsi, il est normal que nous, féministes, nous indignons contre un mouvement qui accueille nos ressources en bafouant nos droits, qui se prétend égalitaire en nous reléguant au second plan et qui cherche à rassembler sans pourtant nous inclure. Si le sexisme de la droite ne nous atteint que dans la mesure où elle est au pouvoir, la gauche est le repère de nos amis et de nos compagnons.
Source: https://c1.staticflickr.com/7/6017/6008918971_06a74b3240_b.jpg
[Description d'image: Dessin de quatre hommes dont le visage est caché par une bannière qui indique: "Not my comrades" (pas mes camarades). Chacun est accompagné d'une bulle où il est respectivement écrit: "I think she made the whole thing up" (Je crois qu'elle a tout inventé), "She's just a crazy bitch" (Elle n'est qu'une salope folle), "Look, Sweetie, class should come first. The rest is just divisive" (Regarde, chérie, la lutte des classes doit être prioritaire. Le reste ne crée que de la division) et "It's not really as bad as you say it is" (Ce n'est pas vraiment si pire que tu le dis).]


L’année 2015 donne au mouvement étudiant et anti-austérité l’occasion d’apprendre de ses erreurs et de viser un comportement irréprochable. Il part déjà du mauvais pied, constatent les féministes présentent à l'« ostie de grosse manif féministe », qui ont eu droit à des « alliés » mecspliqueurs et dominants. « Avec des amis pareils, qui a besoin d'ennemis? » se sont demandées celles qui ont finalement décidé d'organiser une manifestation non-mixte mardi prochain. Évidemment, des hommes prévoient déjà d'y aller pour nous « apprendre » le bon féminisme...

Si le mouvement social populaire échoue à répondre aux critiques qui lui ont été adressées, il ne constatera que trop tard que son alliance avec les féministes lui était essentielle. Nous n'accepterons pas d'être réduites au silence pendant que les hommes s'occupent des « vraies affaires ». Nos casseroles aussi méritent d’être entendues.


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