La « taxe tampons » n’est qu’un détail : comment les femmes sont poussées vers la pauvreté

Suite à la mobilisation de nombreuses féministes canadiennes, le gouvernement a enfin décidé d’abolir la taxe sur les produits d’hygiène liés aux menstruations à compter du 1er juillet. Ce n’est pas souvent que la cyber-mobilisation et les pétitions en ligne donnent des résultats aussi concrets, et, comme on dit, il n’y a pas de petite victoire. Dans la foulée des célébrations, il me reste quand même un goût amer au coin de la bouche. L’abolition de cette taxe injuste et sexiste ne change pas la réalité : toute leur vie, les femmes sont poussées vers la pauvreté. Voici comment.

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[Description d'image: un tampon emballé sur lequel sont superposés en noir les mots "#NoTaxOnTampons"]

Dès l’enfance, les femmes sont conditionnées à adopter des comportements non valorisés sur le marché du travail (comme la passivité et la douceur) et à s’accoutumer à des tâches non rémunérées (en prenant soin de bébés-poupées, sans parler des aspirateurs, fers à repasser et cuisinières qu’on a le culot d’appeler jouets).  Elles ne sont préparées ni à investir, ni à diriger.

À l’école et pendant l’adolescence, les filles sont dirigées vers des métiers non payants. Mieux réussir à l’école ne leur donne pas grand-chose : le décrochage leur coûte bien plus cher qu’aux hommes, et des années d’études universitaires de plus ne leur donneront pas un salaire masculin. Les films qu’elles regardent, les livres qu’on leur offre, les publicités, les exemples les poussent vers l’enseignement, le secrétariat, les soins infirmiers, et toute une panoplie d’autres professions sous-rémunérées.

Une fois sur le marché du travail, quelle que soit la profession qu’elles adoptent, elles sont discriminées à l’embauche (en particulier si elles sont racisées, trans*, handicapées, lesbiennes ou autrement marginalisées). Puis, pour les mêmes fonctions, elles reçoivent un salaire inférieur à celui de leurs collègues masculins. Les discriminations sexistes et la socialisation genrée se combinent pour freiner leur avancement professionnel en limitant le nombre et la fréquence de leurs promotions. Elles doivent fournir un travail de meilleure qualité pour être perçues comme « aussi compétentes » – mais, si leur compétence est récompensée, on supposera qu’elles « couchent avec le patron ».

Pas joli-joli? Ça ne va pas en s’améliorant. Malheur à celles qui choisissent une « vie de famille ». Elles devront maintenir leurs performances tout en réalisant davantage de tâches ménagères que leur mari. Les enfants leur coûteront cher : perte de salaire liée à la grossesse et à l’accouchement, congé parental, travail à temps partiel, interruption de la carrière et doubles journées seront au rendez-vous. Avec un peu de chance, elles échapperont à ce volet peu discuté de la violence conjugale qu'est la violence économique. 

Avec tous ces obstacles sur leur chemin, on peut dire que leur argent est durement gagné. Pourtant, elles dépensent plus que les hommes pour la famille et les enfants : ils sortiront de la relation de couple plus enrichis qu’elles. Lorsqu’elles achètent les produits dont elles ont besoin, on leur charge plus cher – c’est ce qu’on appelle la woman tax. Vêtements, produits d’hygiène, coiffure… Même les calculatrices coutent plus cher lorsqu’elles visent un public cible féminin! Par-dessus le marché, les femmes font face à des coûts supplémentaires en raison d’attentes sociétales : contraception pour les femmes cis, maquillage, épilation, garde-robe impeccable, chirurgies plastiques… Des activités anodines ont un coût en temps et en argent qu’on oublie d’évaluer.

À la séparation, non seulement les femmes auront-elles dépensé plus que leur part et investi moins que les hommes, mais elles sont aussi plus susceptibles d’avoir des enfants à charge – être mère monoparentale, ça coûte cher. Et, évidemment, si elles reçoivent, en reconnaissance d’années de travail domestique « bénévole », ce qui leur revient, on dira qu’elles ont « volé leur mari » et qu’il est à plaindre. Plus tard dans leur vie, elles prendront soin de leurs parents davantage que leurs frères, travaillant bénévolement en raison des déficits du système quant aux besoins de deux générations.

Toutes ces injustices n’ont pas que des conséquences à court terme. Dans une société ou qui a de l’argent fait de l’argent, les coûts d’être une femme sont accentués au cours de leur vie jusqu’à rendre les femmes âgées extrêmement susceptibles de vivre dans la pauvreté.

La société capitaliste-patriarcale est une arnaque pour les femmes. Détaxer les tampons n’y changera pas grand-chose.


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