Ni douce, ni moitié; ni maître, ni mari

Cet article sera publié dans le numéro de juin du mensuel Le Couac. Abonnez-vous! 
L’autre jour, j’apprenais en classe les conséquences de la Loi sur les Indiens sur la situation des femmes autochtones. En plus des nombreux autres problèmes de ce qui est probablement la loi canadienne la plus raciste de tous les temps, elle faisait perdre aux femmes autochtones qui mariaient un allochtone leur « statut d’Indien » et tous les droits qui y étaient associés. Dans une société traditionnellement matrilinéaire, une femme Mohawk, par exemple, avait tout à perdre en se mariant à l’extérieur de sa réserve : sa communauté, son statut, son identité, son foyer.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’essayer de me mettre à la place de cette femme, et de me demander encore et encore comment je pourrais arriver à un état d’esprit où je me convaincrais de tout donner – et de tout perdre – pour un homme. Au point où j’en suis dans mon cheminement féministe et relationnel, ça me paraissait presque impossible à imaginer. C’est peut-être pour ça qu’enfant, j’étais aussi passionnée par Pocahontas, ce film de Disney dans lequel, pour une fois, l’amour vient en deuxième. Ce film où la fille refuse de suivre son amoureux au bout du monde et d’abandonner sa famille et son univers. Voilà un personnage auquel je m’identifie!

Quand on y pense, je n’ai pas besoin de m’imaginer membresse des Premières nations pour envisager un tel scénario. En réalité, les femmes ont toujours eu à faire ce sacrifice. Le mariage a toujours signifié perdre sa famille, quitter sa maison, devenir « la moitié » d’un autre et même être dépouillée de son nom. Et, même à cela, on réussissait à leur arracher un « oui, je le veux ». Incroyable!

Tirée de la page Facebook Sans Compromis: https://www.facebook.com/sanscompromisfeminismeprogressisme?fref=photo 
[Description d'image: Sur fond bleu marine imitant un ciel étoilé, il est écrit en jaune pâle, sur quatre lignes: "Ni Dieu, Ni Maître, Ni Patron, Ni Mari"]

Bien sûr, il y a quelque chose de très artificiel à m’imaginer dans les souliers de ces femmes qui ont tout donné. On parle d’une époque où le mariage était l’un de deux seuls « choix » de vie permis aux femmes (l’autre étant la vie religieuse). Mais qu’en est-il aujourd’hui? Ces femmes diplômées des universités, éduquées, employées, indépendantes… ne se précipitent-elles pas aussi dans le précipice du don de soi? Cet article explique d'ailleurs que ce ne sont pas les enfants, mais les maris qui compromettent les carrières des femmes. Même celles diplômées de Harvard. 

Quand je vois mes amies disparaitre de la surface de la Terre à chaque fois qu’elles tombent amoureuses, quand j’écoute tous ces films dont la fin heureuse est toujours le mariage, quand partout où je pose les yeux je vois l’ordre d’être en couple (hétérosexuel de préférence), je me dis qu’on a encore un long chemin à parcourir avant d’accepter que ce qui est à nous nous appartient. L’idéal du couple reste encore celui où la femme se donne corps et âme, et c’est peut-être pour cela qu’être amoureuses nous épuise. Notre carrière, nos ambitions, notre temps libre, nos amitiés, rien de cela ne mérite d’être sacrifié sur l’autel du mariage, et pourtant la pression est là : « put a ring on it », n’est-ce pas?


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